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A l’ouest rien de nouveau

31 mai 2013 - Coup de coeur, Romans
A l’ouest rien de nouveau

Le narrateur d’À l’ouest rien de nouveau, Paul Baumer, a dix-neuf ans quand il découvre la guerre. La grande guerre, la première, celle de 14-18. Celle qui fera des millions de morts, de blessés, de mutilés, de gueules cassées. De traumatisés aussi, sans « blessures apparentes ». C’est son quotidien ainsi que celui de ses compagnons que nous découvrons dans le roman d’Erich Maria Remarque.

La brutalité de la formation militaire (les exercices sans fin, les brimades) est un des premiers éléments de conditionnement avant que le soldat n’aille au combat. Un soldat que l’on préférera jeune, docile, endoctriné par ses professeurs pour aller défendre la Mère Patrie. Et puis il y aura ensuite le front ; la découverte de l’horreur, des combats, des obus. Et l’attente, interminable, usante pour les nerfs, qui rend à moitié fous certains hommes « le front est une cage dans laquelle il faut attendre le renversement des événements« . C’est toute l’ironie de la guerre, que l’on pourra lire, horrifié par autant de cynisme : la nourriture distribuée est plus riche quand elle annonce de durs combats à venir et les cercueils destinés aux futurs soldats sont déjà prêts, avant une offensive décisive. « Pour ces choses-là, l’organisation marche recta. » Le quotidien des tranchées c’est encore les rats qui pullulent et volent tout ce qu’ils trouvent pour se nourrir « ils ont mordu au pain de presque tout le monde. »

Dans ce récit, on parle bien sûr de la mort, celle des amis comme des ennemis. Des visions de corps déchiquetés, qui quelques instants auparavant étaient ceux des hommes avec qui l’on parlait. Du poids de celui qui revient, en permission, quand les mères des copains pleurent leurs fils qui, eux, ne sont pas revenus. C’est l’impossibilité de dire à cette mère comment son enfant est mort, dans quelles conditions. « Je ne lui dirai jamais ce qui s’est passé. Elle me hacherai plutôt en morceaux. J’ai pitié d’elle, mais je la trouve aussi un peu bête. Elle devrais pourtant se contenter de ce que je lui dis, puisque Kemmerich n’en sera pas moins mort, qu’elle sache ou non la vérité. Lorsqu’on a vu tant de morts, on ne peux plus très bien comprendre tant de douleur pour un seul. Aussi je lui dis, d’un ton un peu impatient : il est mort immédiatement, il n’a rien senti. Sa figure était tout à fait paisible. » Paul Baumer ne peut lui même communiquer avec ses proches comme il le faisait auparavant. Seule sa mère semble le comprendre et lui offre un silence précieux, alors que les autres posent des questions, veulent connaitre les conditions de vie des soldats, savoir si c’est dur, comment est la guerre ?

Mais comment expliquer ce qu’il vit, ce qu’il a vu ? Comment raconter ? « Je m’étais imaginé la permission d’une manière différente. Il y a un an, effectivement, elle avait été tout autre. C’est sans doute moi qui ai changé depuis. Entre aujourd’hui et l’année dernière, il y a un abîme. Alors je ne connaissais pas la guerre. Nous n’avions été que dans des secteurs tranquilles. Aujourd’hui, je remarque que, sans le savoir, je suis déprimé. Je ne me trouve plus ici à mon aise. C’est pour moi un monde étranger. » Qu’elles semblent loin les préoccupations d’antan !

J’ai partagé l’agacement du héros, très compréhensible, quand certains civils l’exhortent à continuer le combat, quitte à mourir, ou se permettent de donner leur avis sur la tactique militaire à adopter, alors qu’eux- mêmes ne connaissent rien à la guerre et qu’ils la vivent depuis leur village. Car tout au long du roman, le lecteur a l’impression d’être aux côtés de Paul et de ses compagnons. Sûrement parce que l’auteur a lui-même vécu cette terrible guerre et a su y mettre une force émotionnelle sans pareille. On peut être Français ou Allemand et entendre la souffrance des hommes. Quelle que soit son origine, ce chant lancinant et criant d’humanité reste profondément marquant, malgré les années qui passent. A ce titre, la scène où Paul tue un Français et assiste impuissant à son agonie est terriblement poignante. Plus qu’un opposant, c’est un homme à qui il a ôté la vie, pour des raisons d’Etat qui le dépassent.

On peut rappeler que si le roman a été publié en 1929 et a connu un vif succès dès sa parution, il fut aussi très tôt l’objet d’un autodafé nazi, à cause de son caractère pacifiste. A l’ouest rien de nouveau est un chef d’oeuvre, que toutes les générations se doivent, à mon avis, de connaitre.

 

A l’ouest rien de nouveau, de Erich Maria Remarque. Éditions Le Livre de Poche. 220 pages.

4 réflexions sur “ A l’ouest rien de nouveau ”

Une Comete

Voilà un classique qui m’a échappée. Merci de me le rappeler

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Manoulivre

Surtout si comme j’ai cru le comprendre dans tes derniers articles, tu « satures » un peu des « mauvais » romans (c’est subjectif, d’où les guillemets) c’est vrai qu’un bon classique ça fait toujours du bien ! Bon, par contre, pour le moral, on repassera… c’est pas très gai !

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Luna

J’ai été également très touchée par cette lecture.

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Camilla

J’ai lu ce livre il y a quelques années, il m’a touché et marqué, tu as raison c’est un chef d’oeuvre à lire

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