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Assommons les pauvres !

24 janvier 2013 - Romans
Assommons les pauvres !

L’héroïne d’Assommons les pauvres ! est traductrice à l’organisme en charge des demandes d’asile politique.

Chaque requérant (celui qui dépose la demande) a droit à un interprète du même pays que lui, qui pourra traduire toutes les subtilités de sa langue natale, les hésitations, les bafouillements, et surtout, déceler d’éventuels mensonges qui serviraient à obtenir le fameux statut tant convoité. L’interprète fait donc office de lien direct entre celui qui demande, et celui qui décide. Frustrée par l’écoute de milliers de discours se ressemblants, aux tonalités toujours plus farfelues, notre narratrice passe un jour de l’autre côté de la ligne, et fracasse une bouteille de vin rouge sur le crâne d’un homme dans le RER. C’est à l’occasion de sa garde à vue et de ses entretiens avec Monsieur K, le policier en charge de l’interroger, qu’elle nous livre des éléments de sa vie, et comment elle en est arrivée à « l’incident ». Malheureusement, le livre se terminera sans que j’ai le sentiment d’avoir compris son geste…

J’ai été charmée au début de ma lecture par la musicalité des phrases, la poésie qui se dégage du texte de Shumona Sinha (auteur d’anthologies de poésie française et bengalie). Mais passées les premières pages, son personnage m’est apparu de plus en plus antipathique. Je me demandais ce que l’écrivain, derrière la narratrice, essayait de nous faire comprendre. Je ne tournerais pas autour du pot : j’ai été choquée qu’elle dénonce, page après page, les mensonges des requérants qui tentent le tout pour le tout. J’ai été choquée car, quand bien même cela serait une réalité, et ces hommes dupés, instrumentalisés par des passeurs qui leurs vendent de l’esclavage programmé en France avec l’histoire tragique de leur arrivée (et parfois de fausses preuves des pressions politiques qu’ils auraient subi), je ne trouve pas que nous soyons dans un pays assez uniformément droit-de-l’hommiste pour pouvoir écrire des choses pareilles en 2012, sans donner par ce biais du grain à moudre aux extrêmes de tous bords.

Dénoncer le fait que ces hommes sont contraints de mentir parce que l’argument de la misère ne suffit pas, pourquoi pas (il aurait même été intéressant que ce soit le sujet principal du roman). Mais ce que j’ai plutôt constaté, c’est à quel point ce personnage méprise les autres immigrés. D’ailleurs Monsieur K lui demande : « Vous voulez dire que vous êtes capable de haïr ceux qui ne peuvent pas atteindre votre niveau intellectuel ? Ceux qui sont restés au bas de l’échelle ? ». Ce à quoi elle répond quelques pages plus loin : « A mes yeux la misère ne justifiait pas leur maladresse et leurs mensonges, leur agressivité et leur mesquinerie ». Bien sûr que la misère ne justifie pas tout. Mais ces torts qu’elle attribue de manière spécifique aux immigrés, ne sont-ils pas des défauts d’humains, d’où qu’ils viennent, et quelque soient leurs parcours, qu’ils soient migrants ou non? Elle est la traître à leurs yeux, et je n’ai pu m’empêcher de la juger pareillement. J’aurais aimé qu’elle dénonce le système, pas les hommes. Ces hommes contraints de pleurer, de se ridiculiser en prétendant être d’une religion au lieu d’une autre, d’un parti A ou B. Juste parce qu’ils ne peuvent pas dire : je n’ai pas d’autres raisons valables à part celle d’avoir voulu fuir mon pays.

Peut-être vais-je vous paraître consensuelle, ou démagogique. Mais le postulat de Shumona Sinha (congédiée au lendemain de la parution du livre par l’Ofra, où elle travaillait comme traductrice et dont elle s’inspire), cette prétendue rébellion m’est apparue comme de la suffisance, de la froideur. C’est aussi le risque de tendre la perche à tous ceux qui contredisent le droit d’asile. Peut-être n’étais-ce pas l’intention de l’écrivain, mais ce fut mon ressenti de lectrice. Un ressenti aux relents acides, parce que la soi-disant « vérité » qu’elle défend est moins importante à mes yeux que la souffrance d’un homme luttant pour sa liberté.

 

Assommons les pauvres ! de Shumona Sinha. Éditions Points. 149 pages. 2012.

3 réflexions sur “ Assommons les pauvres ! ”

le vieux bougon

A lire le dernier Pascal Bruckner dont le héros veut éradiquer Paris de ses clochards.

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Manoulivre

Merci Monsieur Bougon j’irai voir ça!

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Méloë

Contrairement à toi, je n’ai pas du tout accroché au rythme des phrases. En revanche, je n’ai pas été choquée par la réalité dévoilée par la narratrice. Parce que c’est la réalité justement t qu’elle mérite toujours d’être connue peut importe sa teneur et que je ne vois pas les mêmes intentions que toi derrière les choix de l’auteur…
As-tu lu le texte de Baudelaire dont ce livre reprend le titre? Il éclaire pas mal le bouquin je trouve… et te ferais peut-être interpréter le comportement prêté au personnage principal d’une autre façon…

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