Menu

Avant la chute

11 février 2013 - Coup de coeur, Romans
Avant la chute

Avant la chute est le cinquième roman de Fabrice Humbert. Comme dans ses deux précédents ouvrages, A l’origine de la violence et La Fortune de Sila, il traite du thème de la violence, mais ici, à travers le prisme de la drogue.

Trois histoires se croisent. Celle de Norma et Sonia, deux adolescentes qui ont été chassées de leur terre en Colombie et qui vont tenter de migrer vers les États-Unis ; celle du sénateur Fernando Urribal, au Mexique, dont les fantômes du passé resurgissent ; enfin, celle de Naadir, un jeune collégien précoce, excellent élève, qui vit dans une cité de banlieue quelque part en France. Tous ces personnages ont en commun le fait que nous les suivons avant la chute, la leur ou celle de leur monde, car tout s’écroule autour d’eux.

Norma et Sonia vont être confrontées au terrible parcours des migrants, entre bandes armées qui dépouillent, blessent, violent ou enlèvent les candidats à l’exil. La route est longue jusqu’à leur rêve et semée d’embûches. Les rencontres en chemin peuvent s’avérer fatales ; aucune rédemption n’est possible pour celui qui commet une imprudence, fais confiance à la mauvaise personne, se trouve au mauvais endroit au mauvais moment. Pour ma part, j’ai regretté amèrement le sort de Norma et Sonia, comme je l’ai confié à l’auteur lors de notre rencontre. J’ai suivi leur parcours la gorge sèche, le ventre noué car je pressentais l’imminence du drame, l’ombre de la tragédie. Comme si pour elles, il ne pouvait y avoir de dénouement heureux. Le personnage du sénateur Urribal lui m’a, au contraire, fait froid dans le dos. Cet ancien policier qui a gravi les échelons du pouvoir est menacé sur son propre territoire, les cartels de la drogue faisant pression sur lui et ses activités. On le voit participer -ironie du sort- à une Commission contre la drogue, alors que l’on sent bien que l’homme est un pourri, un véreux. Il est l’image même de la corruption, de ce qui va mal au Mexique. Son pouvoir n’est utilisé qu’à des fins personnelles, il contient en lui une violence folle, se fait amener des jeunes vierges enlevées pour les réseaux de prostitution ; c’est un être absolument antipathique, détestable même. J’ai jubilé à la lecture du sort qui lui ai réservé à la fin ! Quant au jeune Naadir, quelque temps après l’annonce d’un meurtre dans la cité, il va surprendre son grand frère adulé blessé, alors qu’il ne soupçonne pas ses réelles activités. Cet adolescent est le personnage qui incarne le plus l’espoir et l’innocence. C’est un rêveur qui ne perçoit pas réellement toute la laideur du monde. Son amour des livres, de la poésie, de l’apprentissage l’en délivre, le protège de cette désillusion qui touche tant de jeunes défavorisés. Il est le seul à qui l’auteur laisse une chance, parce qu’il est l’incarnation même de la foi en l’avenir.

Sur l’écriture de Fabrice Humbert, je dirais simplement qu’il réussit avec brio à marier le style documentaire et le roman. J’ai appris beaucoup de choses sur la politique de lutte contre les cartels de la drogue au Mexique, sur la situation des migrants, sur les bandes armées. Cependant j’ai trouvé certains passages concernant les différentes périodes politiques du Mexique un peu trop développés. Les notions de partis (PRI contre PAN) m’ont semblées parfois trop ardues pour quelqu’un qui n’aurait pas de connaissance de l’histoire de ce pays. L’intérêt de l’intrigue permet heureusement au lecteur de passer outre ces considérations techniques.

Un livre que je conseille donc, pour la beauté des histoires qui s’entrecroisent, malgré la violence obsédante qui transpire au fil des pages. Une violence symptomatique de notre modernité, disséquée avec une précision d’orfèvre par un auteur talentueux, qui nous laisse étourdi, jusqu’à la dernière ligne.

 

Avant la chute, de Fabrice Humbert. Éditions Le Passage. 277 pages. 2012.

82444351_p

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *