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Dossier du mois : Le génocide rwandais

26 décembre 2012 - Dossiers et Reportages

Le 6 avril 1994, l’avion du président rwandais (hutu) Juvénal Habyarimana est abattu, entraînant la mort de ce dernier. Dès le lendemain démarre ce qu’on appellera le génocide rwandais ; le massacre de plus de 800 000 tutsis (et hutus modérés) en un mois environ, entre avril et juin 1994. La communauté internationale, pourtant alertée, n’a pas arrêté les tueries. Aujourd’hui encore, le pays panse ses plaies, car tous les génocidaires n’ont pas tous été condamnés.

Ce qu’il faut comprendre pour mesurer toute l’horreur de cet événement, c’est que les tueurs étaient des gens ordinaires. Il ne s’agissait pas de soldats de formation. Les habitants des villes, des collines, se sont mis a pourchasser leurs voisins ! Des femmes enceintes ont été éventrées, des maris et des femmes tués devant leur conjoint, des enfants « coupés » à la machette devant leurs parents. Des viols collectifs ont eu lieu, laissant leurs victimes vivantes, mortes ou blessée, selon. C’est bien ce qui provoque la stupéfaction, l’impossible compréhension : comment un pays tout entier peut-il, avec une « simple » propagande radiophonique et gouvernementale, se mettre du jour au lendemain à exécuter ses voisins, d’une ethnie différente ?! Car hutus et tutsis vivent conjointement au Rwanda depuis plusieurs générations. Il arrivait parfois qu’il y ait des mariages entre hutus et tutsis, nous le savons. Alors comment as t-on pu en arriver là ?

Pour comprendre, je vous conseille vivement deux ouvrages de Jean Hatzfeld. Ce journaliste français, reporter de guerre, a écrit deux essais qui ont profondément marqué ma « lecture » du génocide. S’il fallait n’en retenir que deux sur ce très vaste sujet, à mon sens ce serait ceux-là.

82281519_oDans le Nu de la vie, récits des marais rwandais, est paru en 2000. L’auteur s’est rendu à Nyamata au Rwanda pour recueillir la parole des rescapés du génocide. Il interroge ces hommes et ces femmes qui ont survécu au pire, et on y découvre la vérité nue de ces témoignages, la vérité crue aussi, bien plus atroce que toutes les fictions. Admettre la Shoah a pris des années; combien en faudra t-il pour que les gens sachent pour le Rwanda ? Car les rescapés eux-mêmes ne comprennent pas, ne trouvent pas d’explications.
Je préviens les âmes sensibles; cet ouvrage n’est pas pour vous! Il faut avoir le cœur et les tripes bien accrochées pour supporter la lecture de certains passages… Je dois avouer que j’ai parfois dû prendre le temps d’une respiration pour me replonger à nouveau dans le livre. Le Prix France Culture lui a en tout cas été attribué… et est plus que mérité.

« Je crois que jamais les Blancs, ni même les Noirs des pays avoisinants, ne vont croire de fond en comble ce qui s’est passé chez nous. Ils accepteront des morceaux de vérité, ils négligeront le reste. Même entre nous, on s’étonne d’entendre les tueries comme elles sont racontées par des copains là où on était pas, parce que la vérité vraie sur les tueries de Tutsis, elle nous dépasse tous pareillement ».

82281708_oDans Une saison de machettes, paru en 2003, Jean Hatzfeld entreprend de collecter la parole des génocidaires. Au moment de la rédaction, les hommes qu’il interroge sont encore des prisonniers. Il les fait parler des massacres, comment cela se passait-il, quel était l’emploi du temps des tueurs. Cette bande d’amis, de voisins « allait au boulot » (pour dire « allait tuer »), après tout ce qu’ils « coupaient » (à la machette) n’étaient que leurs « avoisinants », et puis, la propagande ne leur avait-elle pas dit de les exterminer tous ?
Je ne ferai que répéter ce que vous pourrez lire ailleurs : il est consternant de ne pas voir la moindre trace de regret de la part de ces hommes, hormis celui de n’avoir réussi à « finir le travail ». Si la parole des victimes est difficile à entendre, l’affect rend sa compréhension possible, car on s’imagine à leur place ; mais là l’exercice mental est plus que difficile car nous ne sommes pas habitués à écouter les coupables. Je préfère vous prévenir : il faut donc une bonne dose de sang-froid pour contenir son malaise. Ce livre a reçu le Prix Femina Essai et le Prix Joseph Kessel.

Enfin, d’autres ouvrages vous permettront d’approfondir votre connaissance du sujet. D’abord des ouvrages généralistes sur les génocides, pour comprendre « l’esprit » génocidaire et son application :

82282403_o82282201_o

Le livre noir de l’humanité, de Israel W. Charny. Éditions Privat.

L’innocence des victimes. Au siècle des génocides, de Yves Ternon. Éditions Desclée de Brouwer.

 

 

 

 

 

Ainsi que des témoignages :

82292043_oN’aie pas peur de savoir, de Yolande Mukagasana. Éditions J’ai Lu.

Yolande Mukagasana est née au Rwanda, en 1954. Elle a été infirmière anesthésiste pendant 19 ans au centre hospitalier de Kigali. Son mari, ses trois enfants et ses frères et sœurs ont été massacrés durant le génocide. Réfugiée en Belgique, elle est aussi l’auteur de La mort ne veut pas de moi, paru en 1997, soit deux ans avant la publication de N’aie pas peur de savoir.

 

 

 

 

82292926_pEnfin, ce recueil de photographies et de textes, magnifique, poignant. Les blessures du silence. Témoignage du génocide au Rwanda, de Alain Kazinierakis et Yolande Mukagasana. Editions Actes Sud, avec MSF.

 

 

 

 

 

 

Voilà, j’espère avoir réussi à vous convaincre ! Si vous ne connaissiez pas ce sujet (malheureusement, honteusement) incontournable de l’Histoire de l’Humanité, il est impératif de se pencher sur ces questions. Il y a une foule d’autres ouvrages importants, voire indispensables, mais j’ai préféré par honnêteté intellectuelle ne vous citer que ceux que j’ai lu, ou au minimum parcouru.

La seule façon de ne pas reproduire les erreurs du passé étant de les connaitre, voici mon seul souhait pour le Rwanda : n’oublions jamais.

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