Menu

Festival Etonnants Voyageurs de Saint-Malo – Journée du samedi 18 mai 2013

18 mai 2013 - Festivals et Rencontres

14h00 – Café littéraire : Une autre façon de dire l’histoire

Avec : Mathias Enard, Clément Caliari, David Van Reybouck, Dimitri Stefanakis.
Animé par Maëtte Chantrel et Michel Abescat.

Maëtte Chantrel nous fait la bio des auteurs présents. On apprend que Mathias Enard a – entre autres, le reste se sait déjà – été « formateur de policiers catalans » (ça m’intrigue !) Qu’il est déjà venu à Saint-Malo présenter son roman Zone. Il est ici cette année pour le très médiatique (et à juste titre !) Rue des Voleurs. Dimitris Stefanakis lui, a été traducteur littéraire. Il vient présenter son dernier roman, Film noir, qui nous fait découvrir le personnage de Basil Zaharoff, un mystérieux marchand d’armes. David Van Reybouck est archéologue d’origine, pré-historicien de formation. Son premier roman, Le Fléau, est paru en 2008 chez Actes Sud. Mais c’est de son dernier roman, Congo, dont nous allons parler. Quant à Clément Calliari, elle avoue ne pas savoir grand-chose de lui… le jeune homme en plaisante, mais ne dit rien de plus. Il est l’auteur de Gibier, chez Gallimard, et avait déjà publié en 2011 Retrait du marché.

86890796_p
De gauche à droite : Mathias Enard, Dimitris Stefanakis, Maëtte Chantrel, David Van Reybouck, Clément Caliari, Pascal Jordana

David Van Reybouck fait rire la salle en s’exclamant « Vous êtes bizarres vous les Français ! » (avec son accent flamand). Parce que les journalistes ont bien du mal à qualifier son livre Congo ; est-ce un roman, un essai, un livre d’histoire ? Il défend les autres formes de littérature, qui sont à ses yeux aussi intéressantes que le roman, comme la poésie, le théâtre… Nous apprenons que son ouvrage a nécessité beaucoup de recherches (bon, vu qu’il fait 680 pages, on peut imaginer…) soit environ 5000 sources dont 500 interviews en RDC. Il nous raconte qu’il possède une armoire dans son bureau, situé dans un quartier populaire de Bruxelles, avec 20 petites portes. Cela l’arrangeait bien vu qu’il avait 15 chapitres dans son livre ! Il rangeait ainsi, au fur et à mesure, ses éléments de travail dans cette armoire… Il a voulu montrer dans Congo que l’histoire de ce pays n’a pas commencé avec le premier explorateur blanc, mais aussi à démontrer qu’il a existé une préhistoire africaine. Il nous parle aussi d’un homme plus que centenaire rencontré là-bas, qui a pu lui donner de nombreuses indications sur la fin du XIXe siècle ! Il déclenche à nouveau les rires des spectateurs en disant que la famille de ce monsieur « aurait pu être un sujet d’étude pour L’Oréal ». Et oui, on peut être un écrivain sérieux et un homme très drôle à la fois…

86891636_p
David Van Reybouck nous parle de Congo

Nous passons ensuite à Mathias Enard, pour son roman Rue des Voleurs. Je passe car je vous réserve d’autres articles le concernant… Quant à Dimitri Stefanakis et à Clément Calliari, je n’ai pu prendre de note à ce moment là car je prenais des photos, venait d’arriver ou allait repartir… peu importe, l’intervention de David Van Reybouck, passionnée, instructive et drôle, m’a donné très envie de lire son livre. Il entre dans la wish-list de suite !

Livres présentés :

16h – Emission de radio – Carnet nomade, sur France Culture

Avec : Franketienne, Pinar Selek, Mathias Enard, Jacques Ferrandez, Alain Mabanckou.
Animé par Colette Fellous

Je suis venue rapidement pour écouter Alain Mabanckou, qui m’avait charmé avec ses ouvrages Le Sanglot de l’Homme Noir et Tais-toi et meurs. J’ai aussi dans ma PAL Lumières de Pointe-Noire, que je n’ai pas encore entamé (mais ça ne saurait tarder). Il nous explique qu’en Afrique, « la littérature se fait dans la rue« . C’est à dire que chaque chose vue peut être le démarrage d’un roman, d’une fiction. Quand il a écrit Lumières de Pointe-Noire, il a donc pris des éléments de la réalité, qu’il a transposé dans son roman. Un passage est lu ; il ajoute qu’il voulait « magnifier » sa mère. Que c’était une femme libre, qui décidait de sa vie, qu’elle a « ramené » son père à la maison, l’a choisi. Passe alors la chanson Black Bazar (il a produit un album et écrit les textes) la musique étant une des passions de sa vie.

86907978_p
Puis nous passons à Franketienne. J’avoue ne pas du tout connaitre ce monsieur. Il parle de son enfance, nous raconte une très jolie histoire, des curés blancs qui disaient sans cesse aux enfants qu’il devaient savoir dire la phrase « maman, je voudrais avoir une petite maison ». Que cela lui a causé beaucoup de chagrin, car il a compris que la pauvreté de sa mère ne lui permettrait jamais de posséder la fameuse petite maison… cependant, il ajoute « avec le temps, je n’ai pas eu la maison, mais je suis devenu moi-même une immense cathédrale« . S’il est aussi chanteur, c’est parce qu’à ses yeux « tout est musique« , comme le disait Baudelaire. Il vient d’Haïti, et dit que les mots « lui ont permis de retrouver son pays », que les mots l’ont sauvé de la dictature de Duvallier, du mariage (rires), de tous les maux. Il dit qu’ils lui ont fait prendre conscience de la réalité de son pays ; « les mots sont plus savants que nous« . Franketienne parait être un personnage à lui tout seul. Sa voix, superbe (très radiophonique pour le coup) m’hypnotise presque. Mais nous reviendrons bientôt à ce monsieur… (journée du dimanche).

Ensuite, c’est au tour de Jacques Ferrandez de parler de sa BD, l’Etranger (à partir du texte de Camus). Mais je dois partir pour l’Hôtel du Nouveau Monde, qui n’est pas tout près, si je veux pouvoir écouter Scholastique Mukagasonga, et j’y tiens ! (après coup je regrette d’avoir « zappé » Pinar Selek…).

Livres présentés :

17h15 : Hôtel du Nouveau Monde

Avec : Scholastique Mukasonga, pour son roman Notre-Dame du Nil.
Animé par Josiane Guéguen.

Je tenais absolument à voir Scholastique Mukasonga. D’abord parce que j’avais beaucoup aimé Notre-Dame du Nil (la critique arrivera très vite) et ensuite parce que le sujet du génocide rwandais m’intéresse particulièrement. Ce drame s’est produit en 1994, soit il y a à peine 20 ans, et peu de gens semblent encore s’en souvenir, comme si la mémoire collective se refusait à entendre que le « plus jamais » de la Shoah est resté vide de sens. Il me parait indispensable donc, de ne cesser de le rappeler, pour espérer que cela ne se reproduise jamais.

Josiane Guéguen nous indique que le roman décrit la fin des années 70. L’auteur est née en 1956 ; en 1973, elle est chassée de l’école d’assistante sociale de Butare et doit se réfugier au Burundi. Tout comme Virginia, une des héroïnes, elle échappe à cette première vague de violences contre les tutsis. C’est pour cela qu’elle situe son roman à cette époque : parce qu’à ce moment là, tout était déjà écrit. Les prémices du génocide, c’est ce que nous découvrons.

Elle aborde ensuite la fonction réparatrice de l’écriture, qui est à ses yeux « la thérapie par excellence, quand on est passé par des moments aussi destructeurs« . La culpabilité du survivant étant toujours très forte, elle explique être arrivée, grâce au fait d’écrire, à la gommer. Dans Notre-Dame du Nil, l’espace géographique est limité (l’action se passe essentiellement autour et dans le lycée) ; cela lui a permis de contrôler son cadre romanesque (c’est son premier roman, les autres écrits pouvant être plutôt qualifiés de témoignages). Cependant cela ne l’a pas empêchée de se rendre compte, au fil des rencontres avec les lecteurs après la parution du livre, à quel point Virginia lui ressemblait. Mais c’est quelque chose dont elle n’avait pas conscience au moment de l’écrire. Ce fut une façon d’exorciser ces années, par le biais de la fiction, et de ne pas rester dans la souffrance. Par la distance temporelle, elle a voulu « s’inscrire dans la réconciliation du peuple rwandais« . Scholastique Mukagasonga a aussi voulu montrer, dans son roman, que la politique coloniale a fait le terreau du futur génocide. Elle revient sur la notion de « race » et explique que les hutus et les tutsis étaient complémentaires : les hutus étaient majoritairement cultivateurs, et les tutsis possédaient les vaches. Mais l’un avait besoin de fumier, donc des vaches, et l’autre des cultures.

86908678_p

Est évoqué aussi l’après-génocide. J’apprends que l’existence des tribunaux populaires, qui font « éviter » la case prison à certains, est due à la raison suivante : si tous les participants au génocide vont en prison, de quoi vivront les rwandais ? (l’agriculture étant la principale ressource). Il n’y aurait donc plus de pays, si 85% de la population était emprisonnée… (ça parait dingue !). Elle revient aussi sur ce contexte religieux de la scolarité, et explique que les Belges ont confié toute l’éducation à l’Eglise lors de la colonisation. Que les filles allaient dans des congrégations religieuses, et les garçons chez les frères. Pour ma part, j’ai apprécié la façon dont elle décrit le peu de moralité de certains hommes d’église dans son roman… Enfin, elle dit avoir été touchée que d’autres femmes de sa génération, en France, lui ai confié avoir vécu les mêmes journées que les filles de Notre-Dame du Nil (la peur de se faire massacrer en moins, évidemment).

La conférence s’arrête malheureusement très vite, Scholastique devant rejoindre le salon du livre pour une séance de dédicace. S’ensuit pour ma part une rencontre très sympa avec Athalie, blogueuse sur Aleslire et sa copine Anne. Grâce à elle je vais faire un tour au salon du livre (je n’avais pas repéré ou c’était). Mais que font deux blogueuses quand elles se rencontrent ? Ben elles parlent de livres tiens ! Je repars donc avec l’envie de lire Maylis de Kerangal, qu’Athalie semble adorer (je vais commencer par Naissance d’un pont) et un autre illustre inconnu pour moi, Velibor Colic et son Sarajevo Omnibus.

Vous pouvez retrouver l’ensemble de la rencontre avec Scholastique en audio sur le site http://www.mixcloud.com/etonnantsvoyageurs/notre-dame-du-nil/

Pour moi c’est la fin de cette première journée, un peu marathon… je m’en vais rejoindre mon petit hôtel (et me goinfrer de Kouign-Amann mmiammm !!!)

2 réflexions sur “ Festival Etonnants Voyageurs de Saint-Malo – Journée du samedi 18 mai 2013 ”

Athalie

Tu résumes très justement les propos de l’auteure ( je suis repartie avec Notre-Dame-Du-Nil, évidemment). Mais la rencontre a été vraiment trop courte … j’en ai discuté avec elle le lendemain, il semblerait que l’organisation du festival ne lui avait pas précisé que les rencontres passaient avant les signatures … Une histoire de teaming quelque peu frustrante, pour nous en tout cas, même si on a fait connaissance et causette après. En tout cas j’espère que tu aimeras Maylis de Kérangal et mon chouchou du festival cette année, Vélibor Colic

Répondre
Manoulivre

Merci Athalie, tu me fais vraiment plaisir ! C’est dur de tout retranscrire, d’abord parce que j’ai pas toujours le temps de tout noter sur le moment, et puis après il faut doser pour ceux qui n’étaient pas sur place et qu’ils n’en aient pas des tartines non plus Je serais curieuse de lire ta critique de Notre-Dame du Nil une fois que tu l’auras lu…moi je suis repartie avec Inyenzi ou les Cafards, après avoir discuté un peu avec l’auteur au salon du livre. C’est une femme dont on sent la force et l’humanité rien qu’en l’abordant quelques minutes…une rencontre émouvante. Quant à tes deux recommandations, je ne les oublie pas et te tiendrais au jus !

Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *