Menu

Hanoï

24 août 2015 - Coup de coeur, Romans
Hanoï

David a trente-deux ans, il vit à Chicago. Un oncologue tripotant un petit éléphant en pierre lui a parlé traitement, protocole, chimiothérapie ou radiothérapie. Il lui a dit combien de temps il lui restait. Très peu. Quelques mois.

Fils unique d’un émigré brésilien et d’une mexicaine, qui sont morts tous les deux, il n’a pas à proprement parler de famille. Son ex-fiancée l’a quitté avant la maladie. De sa vie d’avant, il ne veut rien garder, hormis sa trompette. Car il est passionné de jazz. Et même s’il n’est pas devenu le musicien célèbre qu’il aurait rêver d’être, il tient à cet instrument. Vidant peu à peu son appartement de tous ses effets personnels, David fait don de ses objets aux gens qui l’entourent. Des voisins, des inconnus. Un renoncement au matériel qui semble alléger le poids de la maladie. Dans cette même logique, parce que le temps est désormais un bien précieux, compté, David envisage d’en gagner un peu. En sautant les étapes obligées qui suivent l’annonce d’une maladie incurable comme la sienne. En s’épargnant la colère, la dépression, le refus de l’évidence. Il s’efforce d’être dans l’acceptation et le renoncement. Il va ainsi croiser Alex, une jeune mère qui élève seule son fils, Bruno. Entre ses études à la faculté et son travail à la supérette asiatique, ses journées sont longues. Mais la jeune femme est un espoir. De leur rencontre naîtra l’impératif de ne vivre qu’au présent, en faisant « de son mieux ». Autour d’eux, gravitent Truong, l’ancien moine bouddhiste et patron de la supérette, ou l’ombre douce et familière de Huong et Linh, la mère et la grand-mère vietnamienne d’Alex. Mais l’ultime projet de David est d’entreprendre un voyage. Hanoï sera le dernier, son cimetière des éléphants…

Avec un tel sujet, Adriana Lisboa aurait pu écrire un véritable mélo, dégoulinant de bons sentiments. Elle en a fait tout l’inverse. C’est avec délicatesse et pudeur qu’elle dresse le portrait d’un jeune homme terriblement attachant, qui a beau être condamné, n’en demeure pas moins profondément vivant. On se demande parfois comment réagir si une telle tragédie nous arrivait. Je ne savais pas vraiment quoi répondre, mais aujourd’hui je pense pouvoir affirmer que j’aimerais avoir la dignité de ce personnage. De là à en être capable, c’est autre chose… Mais son amour pour les autres, sa profonde générosité dans un moment qui appellerait à l’égoïsme m’ont beaucoup questionnée. Cette faculté de David à lâcher prise et celle de l’auteure à le raconter sans qu’on ait non plus le sentiment qu’elle contourne son sujet, est assez perturbant. Tout comme le fait que son roman ne se résume pas qu’à la fin programmée de son héros. Il est aussi question d’ exil, de déracinement, de guerre, de métissage. Des rêves avortés qui ne se réalisent jamais, en musique ou au basket-ball. Des choix que l’on fait et qui bouleversent la vie.

En évitant les écueils du genre, Adriana Lisboa produit une magnifique réflexion sur la relativité du temps, sur les liens familiaux, le rapport au monde. On ne peut s’empêcher, une fois le livre refermé, de conserver en soi cette injonction vitale : accrocher un sourire à ses lèvres.

 

Hanoï, d’Adriana Lisboa. Éditions Métailié. 175 pages. 2015.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *