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Hell

8 décembre 2012 - Coup de coeur
Hell

Elle, Ella, rebaptisée Hell pour la superbe et l’aspect infernal, est une « pétasse » de 17 ans. Une gamine extra-lucide sur sa condition, trop peut-être ; elle est riche, a du fric et de la coke plein les poches, ses parents sont toujours absents, elle est sans avenir, sans projets. Elle vomit sa haine du monde et du superflu, pourtant elle est un pur produit de ce monde, consommation à outrance, vulgarité, décadence…

A 18 ou 19 ans j’avais vu le film au cinéma et j’en étais ressortie bouleversée. J’avais trouvé une héroïne à la hauteur de mes tourments d’adolescente attardée, le côté « bourge » en plus, c’était exotique, pour moi qui n’avait eu que des soirées galères où on rentrait à pied à des heures indues, ne pouvant se payer le taxi. Comme je l’ai déjà dit sur ce blog, il me semble que c’est toujours la part de résonance, qui, naissant en nous peut produire ou non l’adhésion à une oeuvre artistique, quelle qu’elle soit. A 26 ans je me mets à lire ce livre, et la claque que je me prends est aussi sèche qu’à ma vision du film. Un retour fracassant dans le monde de mes 17 ans…

Car Hell et ses amis se cognent aux limites, mais l’argent dont ils disposent au fond, ne leur en pose aucune. Ils ont des voitures, des bars aux portes grandes ouvertes pour eux, des bouteilles de champagne, du caviar, des restaurants aux tables réservées, des appartements immenses pour leurs soirées, des fringues hors de prix pour briller, et un vide intersidéral dans la tête. Des rêves? Que nenni. Pour avoir un minimum de rêves ne faut-il pas manquer un peu, de quelque chose? Ils ne manquent de rien, ont tout, et ce tout n’est rien car il ne débouche sur aucun rêve. Hell se consume, jusqu’au jour où elle rencontre Andrea, à la réputation sulfureuse, étrange et beau, aussi désespéré qu’elle, et elle comprend alors qu’elle a trouvé quelqu’un en ce monde qui pense comme elle, souffre comme elle, refuse comme elle la vacuité de leur vie de débauche, tout en s’enfermant dans ce cercle infernal. Leur histoire sera passionnée, à l’image de leurs personnages, et tragique, à l’image de leur destin.

J’ai refermé ce roman le ventre retourné, noué de tourments. Je me suis revue à l’âge de Hell et j’ai remercié en mon fort intérieur tous ceux et celles, parents, amis, famille, qui m’ont permis de ne pas être aussi désœuvrée qu’Hell… Ce chant lugubre d’une jeunesse en perdition, courant après des mirages, m’a remué les tripes. « Je porte la malédiction de la lucidité. Les yeux de mon esprit sont grands ouverts sur la vie et contemplent le vide ». Ouvrez les yeux, et lisez. Contemplez. La beauté fracassante de cette héroïne moderne, dont pour ma part, je me souviendrais longtemps.

 

Hell, de Lolita Pille. Éditions Le Livre de Poche. 160 pages. 2004.

2 réflexions sur “ Hell ”

la fille h

J’ai lu ce livre il y a des années, inoubliable…
http://fillehorizontale.canalblog.com/

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Manoulivre

En vi mademoiselle, moi j’ai mis (sacrément!!!) du temps à le lire! J’espère que ça plaira à ceux qui ne connaissent pas encore (s’il en reste lol)

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