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La balade d’Ali Baba

3 novembre 2014 - Prix de la Porte Dorée, Romans
La balade d’Ali Baba

Vassilis Papadopoulos est un père fantasque, charmeur, joueur ; celui d’Erina et de ses petites sœurs. Il est celui qui est capable de faire en deux jours de voiture le trajet de Montréal à Key West, juste pour faire admirer l’océan à ses filles le soir du nouvel an. Un bon vivant, qui croque la vie comme la nourriture : à pleines dents. Mais c’est le même homme qui est tout aussi capable d’abandonner sa famille, de disparaitre subitement, ou d’emmener sa fille de dix ans avec lui au casino en espérant que cette dernière lui porte chance…

Alors quand Erina, devenue adulte, le croise dans les rues de Montréal durant une tempête de neige, bien qu’il soit mort et enterré depuis neuf mois, elle a toutes les raisons du monde de se demander ce que veut son fantôme de père. Peut-être lui apprendre, à elle, la thésarde spécialiste de Shakespeare, ce que signifie la petite phrase d’Hamlet, lourde de sens : « le temps est hors de ses gonds« ? Au fil des souvenirs égrenés par Erina, nous découvrons un homme complexe, qui quitte sa Grèce natale à six ans pour débarquer à Alger, où il travaille très jeune afin d’aider sa mère. Puis à New York, pour « faire l’Américain ». De cet exil, reste la trace d’un homme qui ne sait jamais où poser ses valises, qui est susceptible de s’évaporer à chaque instant, évanescent, exilé définitif.

La ballade d’Ali Baba figure dans la liste des livres en lice pour le Prix de la Porte Dorée. Je suis dorénavant convaincue, par expérience, que l’opinion que l’on se fait des écrivains avant de les avoir lus influence de beaucoup notre lecture. A la rencontre au Café Littéraire de la Cité, Catherine Mavrikakis m’avait touchée, avec ses hésitations, sa voix si particulière et son franc sourire. Parce qu’ il y avait quelque chose de terriblement sincère et intime dans sa façon de se livrer, tout en restant d’une pudeur extrême. A peine avais-je ouvert son roman, que j »étais déjà (presque) certaine de l’aimer. Dès la première phrase, je me suis laissée happer par son histoire. « Dans la lumière incandescente de l’aurore, les rayons impétueux du soleil à peine naissant tachaient la nuit d’une clarté carmin. » N’est-ce pas magnifique de commencer un livre par une phrase pareille ? Elle dit toute l’exigence et la poésie qui caractérise ce texte !

Tout au long de ma lecture, j’ai relevé et aimé la précision des phrases, le style parfaitement maîtrisé, l’écriture pleine d’émotion qui ne tombe jamais dans la mièvrerie, l’intelligence du propos, les sauts dans le temps qui se tiennent. La rencontre entre Erina et son père mort m’a bouleversée. Quoique surréaliste, j’étais émue car je me prenait à rêver d’une conversation avec des êtres chers, disparus. J’ai envié l’auteure d’avoir pu grâce à ses mots, faire revenir les morts parmi les vivants. J’ai été enthousiasmée par cette réflexion autour du « temps hors de ses gonds », cette idée qu’une fois morts nous pourrions faire ce que nous n’aurions pas fait en étant en vie. Quel bonheur si cela pouvait être vrai ! Et à propos de temps, je ne l’ai pas vu passer en dévorant ce roman.

En fait, c’est bien simple : la seule chose que je n’ai pas aimé, c’est d’arriver à la dernière page, au dernier mot. Mais toutes les bonnes choses ont une fin…

 

La ballade d’Ali Baba, de Catherine Mavrikakis. Éditions Sabine Wespieser. 193 pages. 2014.

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