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La femme à 1000°

31 juillet 2013 - Romans
La femme à 1000°

Depuis le garage où elle loge, dans un lit médicalisé avec pour seule compagnie un ordinateur, une vieille grenade datant de la Seconde Guerre mondiale et ses souvenirs, Herra, 80 ans et quelques au compteur, est bien décidée à nous raconter sa vie.

Cancéreuse, elle aurait -selon les prédictions des médecins- dû mourir des dizaines d’années plus tôt. Mais elle est encore là, peut-être pas pour très longtemps, certes, mais assez pour nous faire part de son histoire. Petite-fille du premier Président Islandais et fille du « seul » nazi du pays, elle a passé sa petite enfance dans les fjords, avant de connaître une vie beaucoup plus aisée, puis les forêts de l’Europe, quand elle n’était qu’une adolescente prise dans la tourmente de la guerre. Elle a été mariée à plusieurs reprises, a eu des enfants. Aujourd’hui, elle est seule et n’attend plus que la mort ; elle a tout prévu, même fixé la date avec l’entreprise de crémation. C’est décidé, le 14 décembre elle s’envoie en l’air…

Surprenant roman que ce pavé de 633 pages (en grand format, aaargh) aux qualités indéniables… et aux défauts flagrants. Commençons par les points positifs. On y apprend beaucoup de l’Islande, de la structure de la langue, de la mentalité des habitants de ce pays. On se fait une petite idée de ce qui différencie ces voisins européens de nous et le résultat est assez surprenant. Quelques réflexions bien senties, d’une justesse et d’une drôlerie toute en ironie, nous donne de bons moments de lecture, comme dans ce passage « Il est surprenant de voir à quel point les fanatiques sont guindés en ce qui concerne les arts. Les nazis ont envoyé tout un peuple en chambre à gaz mais ne supportaient pas les difformités sur la toile « . En effet ! Herra est une vieille dame indigne, qui ne mâche pas ses mots. Les « crasses » qu’elle fait à l’une de ses belles-filles en sont le meilleur exemple. Et puis, j’ai relevé de nombreux proverbes, dictons, jolis passages qui m’ont donné envie de les retenir.

Mais malheureusement, les points négatifs l’ont emporté sur ces menus plaisirs évoqués plus haut. La foule de noms islandais, les milliers de détails inutiles m’ont fatiguée. Lorsqu’un personnage, même totalement anecdotique, entre en scène, on a le droit à sa biographie complète. Machintruc qui est le fils de Breidafjördurgudrun et de Verbjörgsigurbjörnsson, qui a grandi à Bijarrneyjaroddbjarnarsker et qui a les cheveux blonds et les yeux jaunes et qui transpirait beaucoup blablablaaaaaa…. des kilomètres et des kilomètres d’exemples de ce type ! Trop de personnages donc, dont les trois quarts totalement inutiles à l’intrigue. Sur la structure de l’histoire en elle-même, j’ai aussi pas mal de reproches. Des longueurs, des épisodes improbables auxquels j’ai eu bien du mal à adhérer (la majeur partie portant sur la Seconde Guerre mondiale), un mal fou les deux cent premières pages à me repérer, à comprendre où l’auteur voulait nous emmener, et une utilisation systématique des sauts dans le temps. De passer de 1940 à 2009 et de 1935 à 1862, j’en avais le tournis ! Car le roman est constitué de petits chapitres de quelques pages à peine, qui évoquent des moments différents dans la vie de l’héroïne. L’auteur passe ainsi du coq à l’âne tout le long…

Certains trouveront sûrement que ce côté un peu fourre-tout, foutraque, abracadabrantesque et anarchique de la narration est ce qui fait son charme. Pour ma part, c’est exactement ce qui l’a rendu si indigeste. J’en suis désolée, car j’ai reçu ce livre dans le cadre de l’opération Masse Critique de Babelio, que je tiens à remercier ainsi que l’éditeur (Presses de la Cité). J’en suis désolée car j’aurais vraiment aimé me laisser charmer par Herra, cette vieille dame dont certaines réflexions m’ont touché, qui d’autres fois m’a agacé mais…non, vraiment, non, on m’Herraprendra plus !

 

La femme à 1000°, de Hallgrimur Helgason. Éditions Presses de la Cité. 633 pages. 2013.

91028854

2 réflexions sur “ La femme à 1000° ”

Unity

J’ai commencé le livre ce week-end et j’ai aussi l’impression de m’être un peu fait avoir. Ces 630 pages ne sont pas un cadeau. Seules les anecdotes à propos de l’Islande me retiennent un peu. Le reste me semble un rien trop inutile et artificiel. J’hésite vraiment à aller au bout.
Mes félicitations pour avoir tenu le coup !

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Manoulivre

En toute honnêteté Unity, si ce livre ne m’avais pas été envoyé dans le cadre d’un partenariat, je l’aurais abandonné… mais bon, il fallait bien jouer le jeu jusqu’au bout ! Courage aussi si c’est ton cas !

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