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La Reine et moi

23 septembre 2014 - Romans
La Reine et moi

Tandis que le Parti Républicain populaire vient de remporter les élections en Grande-Bretagne, la première décision prise par Jack Barker, le premier ministre, est de destituer la famille royale de ses droits. Il a été décidé qu’ils seraient tous relogés dans des logements sociaux d’une banlieue londonienne. La Reine et son mari le Prince Philippe, la Reine mère, Margaret, Le Prince Charles, Diana et leurs enfants William et Harry ainsi que la sœur de Charles, Ann, sont ainsi relégués au rang de simples citoyens. Pire encore, de citoyens pauvres. Leurs pavillons offrent le minimum de confort, ils doivent courir après les aides sociales pour joindre les deux bouts et s’adapter à leur nouvelle vie. Face à l’adversité, personne ne sera épargné, pas même Harris, le petit chien de la reine…

Dans cette fable loufoque qui connut un joli succès en Angleterre à sa sortie en 1992, les situations cocasses s’enchaînent sur un rythme trépidant. Les personnages sont tous plus drôles les uns que les autres. Charles est particulièrement attachant dans son rôle de prince rebelle, ravi de fuir une vie qu’il n’a pas choisi. Je ne suis pas certaine qu’un tel roman aurait pu être publié après la mort de Diana, qui marqua profondément nos voisins anglais. Elle apparait d’ailleurs ici sous un jour peu flatteur ; potiche et matérialiste à souhait, plus préoccupée de sa garde-robe perdue que de ses enfants ! Un autre personnage attire lui aussi assez peu la sympathie : le Prince Philippe, l’époux d’Elisabeth. Geignard, prétentieux, vulgaire et autoritaire, ce dernier ne cesse de s’apitoyer sur son sort et refuse de quitter son lit depuis qu’ils ont été chassés de Buckingham. Celle qui s’en tire le mieux est sans doute la Reine elle-même. Se démenant pour obtenir quelques aides sociales, elle n’offre pas l’image d’une reine déchue mais d’une femme combative et humaine, qui en a vu d’autres et refuse de se laisser abattre. Elle force le respect et recèle de forces insoupçonnées ; comme sa capacité à s’adapter à son nouvel environnement… Quant à son petit chien, il m’a fait rire tout au long du livre, se découvrant des accointances avec la bande de canidés étiquetés « gros durs » du quartier, rêvant de crasse et d’aventure ; un vrai « héros » à part entière !

Mais La Reine et moi, ce n’est pas qu’une étonnante galerie de personnages. C’est aussi une féroce satire sociale, qui montre une classe populaire anglaise misérable, illettrée, privée d’accès aux soins, au travail, à l’éducation. Où tout se révèle compliqué. Et notamment le système d’attribution des allocations, totalement ubuesque. Je dois reconnaitre que j’ai été surprise de ces descriptions ; je ne pensais pas que la situation économique était si catastrophique en Angleterre, dans les années 90. Pourtant, après avoir mené quelques recherches, j’ai effectivement pu lire que « Dans les années 90, le Royaume-Uni connaissait la pauvreté des enfants la plus élevée de l’UE« . Pour l’auteure, qui s’est mise à écrire pour subvenir aux besoins de sa famille, on sent que ce sujet est important. Pour la lectrice française que je suis, je dois avouer que j’ai été parfois incrédule…

Les atouts de ce roman sont indéniables et j’ai passé un très agréable moment en le lisant. Mais je dois aussi être franche en vous révélant que la fin m’a extrêmement déçue ! Je ne pensais vraiment pas que Sue Townsend « tomberait » dans cet écueil… trop attendue, elle contredit intégralement le parti pris de produire un roman décalé et impertinent. Cette chute consensuelle au possible m’a vraiment agacé et a, en partie, gâché le souvenir de cette lecture au sujet drôle et culotté.

La messe est dite… God Save The Queen.

 

La Reine et moi, de Sue Townsend. Éditions Points. 316 pages. 2011.

98627237

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