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La remise du Prix de la Porte Dorée 2015

17 juin 2015 - Prix de la Porte Dorée

Je vous l’ai annoncé maintes et maintes fois… et cette date a fini par arriver ! Le 3 juin dernier a eu lieu la remise du Prix de la Porte Dorée, à la Cité de l’Immigration.

La remise du Prix a commencé avec un discours de Benjamin Stora, le Président du Conseil d’Orientation de la Porte Dorée. « Que serait la littérature française sans ceux qui ont décrit, montré, expliqué, la solitude de l’exil, les souffrances liées au déracinement ? mais aussi la créativité, la découverte d’un monde, qui est un monde que nous connaissons ; l’espace français ou l’espace francophone. C’est pourquoi cette question des rapports entre histoire et littérature, par l’intermédiaire d’un prix littéraire donné ici, au Palais de la Porte Dorée, me fait tant plaisir. » Et bien nous aussi, cela nous fait plaisir ! (même si on l’aurait certainement pas aussi bien dit…)
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La parole a ensuite été donnée à Elisabeth Lesne, la présidente du Prix. Elle nous a rappelé que le Prix a maintenant six ans. « Ce soir au musée de l’Immigration, nous ne parlerons pas de quotas, de naufrage, de politique, de situation que d’aucuns qualifient d’explosive, non. Nous parlerons littérature, émigration. D’écrivains, fruits d’un métissage de langues et de cultures (…) Le point commun de ces écrivains c’est leur façon d’ouvrir les frontières, de repenser la rencontre, la relation avec l’autre. C’est aussi leur manière si poétique d’habiter le français, en l’enrichissant parfois de la musicalité d’autres langues. Je pense au nuchi ivoirien de Gauz, au créole portugais de Sylvain Prudhomme, au camerounisme de Max Lobe, à la musique de l’arabe et de l’hébreu qui s’entend dans le magnifique Jacob, Jacob de Valérie Zenatti. Donc avec notre sélection, c’est aussi la langue française qui devient terre d’accueil. » Puis notre présidente préférée a rajouté qu’il n’y a malheureusement qu’un seul prix et qu’il a fallut choisir UN seul gagnant…(j’en pleure d’avance pour les perdants dont j’ai adoré les titres, snif).

Puis Julien Delmaire, président du jury 2015 et gagnant de l’année dernière pour Georgia (Grasset, 2013) a pris le relais, en présentant les membres du jury. Arlette Farge, Michael Ferrier, Mustapha Harzoune, Emmanuel Khérad, Valérie Marin La Meslée, Véronique Ovaldé, Isabelle Quentin-Heuzé, Sébastien Wespiser et des lycéens (de Charlemagne, Elisa-Lemonnier, Paul Valéry et Blaise Cendars) ainsi qu’un groupe d’étudiants de Paris XIII.

Après ce tour de table (ou d’estrade, en l’occurence) nous sommes enfin passés à la présentation des ouvrages.

Ce fut à Michael Ferrier de commencer, en défendant le magnifique En attendant demain, de Nathacha Appanah. Un roman qui selon lui, offre (entre autres) les plus belles pages de la littérature contemporaine sur la description d’un couple mixte.
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Arlette Farge quant à elle s’est enflammée pour Rendez-vous avec l’heure qui blesse, de Gaston-Paul Effa. Un livre qui l’a « profondément bouleversé par son écriture, par son audace aussi, et par le fil tenu, sans cesse. Et quel fil… Celui d’une méditation, réflexion, transcendance, de ce que peut être la peau noire. (…) C’est pour moi (et pour d’autres, bien sûr) un magnifique livre, une émotion intense ». Je confirme : ce roman est bouleversant.
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Le troisième titre présenté l’a été par Véronique Ovaldé et Randy, un des élèves du jury des « jeunes ». Il s’agit de Debout-Payé, de Gauz. « C’est un livre qui est d’une énergie fascinante, c’est un roman féroce, un roman chaleureux, inventif et décapant, qui nous raconte les trois âges de l’immigration ivoirienne de 1960 à nos jours, à partir de la vie d’Ossiri, un étudiant ivoirien sans papier devenu vigile. (…) ». Randy a terminé avec éloquence « Audace fortuna juvat : et vu que Gauz est un audacieux, je pense qu’il va beaucoup vendre… et je vous conseille d’acheter son livre. » (ce qui a fait rire de bon cœur la salle). N’ayant jamais étudié le latin, j’ai dû réécouter trois fois mon enregistrement et dire merci à Google et Randy pour m’avoir appris quelque chose : cette sentence signifie « la fortune sourit aux audacieux ».
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Emmanuel Khérad s’est chargé de la « défense » de Max Lobe et de son second roman, La Trinité Bantoue. Un auteur qui selon le journaliste « a beaucoup de douceur, a beaucoup de courage, qui est dans une énergie absolue. C’est quelque chose de très frais, malgré la gravité de ce qu’il raconte. »

Les lycéennes, elles, se sont réparties à trois la présentation des Grands, de Sylvain Prudhomme. Le texte qu’elles ont lu, visiblement intimidées (on peut comprendre, avec une salle pleine à craquer) était très bien rédigé : elles n’ont pas eu à rougir face aux autres membres du jury ! Elles ont parlé du contenu du roman ; « des vies traversées par l’oubli, par l’amour, par le succès » et ont affirmé avec raison que « le livre chante dans notre tête, bien après la lecture. »

Enfin, nous avons entendu les avis des jurés sur Voyageur malgré lui, de Minh Tran Hui, sur Eastern, de Andrea Salajova et enfin sur le très beau Jacob, Jacob de Valérie Zenatti (qui a d’ailleurs obtenu depuis le Prix du Livre Inter 2015).
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Bon, je sens bien que vous n’en pouvez plus de ce suspense… Allez, je ne vais pas vous faire attendre plus longtemps. Oui, Julien Delmaire a fini par révéler le nom du gagnant. Et il s’agit de…

Sylvain Prudhomme, pour Les Grands

Ce dernier a prononcé un discours plein d’intelligence (on n’en doutais pas) et nous avons pu voir son émotion à son attitude quelque peu fébrile ; une nouvelle preuve de la sensibilité de cet écrivain à la personnalité très attachante.
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Puis il a invité Malam, l’ex chanteur du « vrai » Super Mama Djombo, à venir le rejoindre pour chanter une chanson du groupe, a capella. Difficile de retranscrire une voix, mais je peux vous assurer que toute la salle était suspendue aux lèvres de ce grand monsieur (on peut lire toute la concentration et l’émotion sur les visages !)
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Puis la cérémonie s’est achevée, sous un tonnerre d’applaudissements. Tout le monde a rejoint le café de la Cité, jusqu’à la fermeture du musée. Quand nous avons été poussés dehors, un petit « cortège » d’une quarantaine de personnes environ s’est dirigée vers le bistrot du quartier, Les Cascades, pour prolonger les réjouissances. En terrasse, autour d’une quinzaine de table – vu le nombre de convives – , nous avons pu profiter de la douceur de cette nuit de juin.

Allez savoir pourquoi, je me suis retrouvée assise à côté de Sylvain Prudhomme (avec qui j’avais déjà pas mal échangé au cours de « l’after » du café littéraire des lycéens) et plus tard, au moyen d’un subtil jeu des chaises musicales, de Malam. J’ai passé un moment magique, entourée de ces deux hommes adorables, profondément humains et débordant de générosité. J’ai aussi eu la chance immense de pouvoir parler avec son éditeur chez Gallimard, Thomas Simonnet. Gauz quant à lui, s’est montré des plus sympathique et chaleureux avec tout le monde. Cette soirée m’a aussi permis de revoir Frédéric Ciriez, dont je vous ai déjà parlé. Une ambiance franchement joyeuse a régné tout au long de ce moment partagé tous ensemble et nous nous sommes quittés à minuit passé.

Je suis rentrée exténuée chez moi, mais sur un petit nuage. Vivement l’année prochaine pour la nouvelle sélection !

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