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La saison de l’ombre

18 juin 2014 - Romans
La saison de l’ombre

Un village, en Afrique subsaharienne. Tous les mulango, qu’ils soient hommes, femmes, matrones ou sages, jeunes ou vieux, sont abasourdis. Un incendie s’est déclaré quelques jours auparavant et la communauté a constaté après l’extinction des flammes la disparition de douze hommes du clan.

Celles dont « les fils n’ont pas été retrouvés » sont installées dans une case commune, loin de leurs proches. Il ne faut pas que leur douleur contamine les autres familles. Et l’on pense qu’entre elles, elles sauront trouver une forme d’apaisement. Mais certains, au village, ont besoin de comprendre ce qu’il s’est passé. Pourquoi cet incendie, pourquoi ces disparitions ? Et puis il y a celles qui ne peuvent se résoudre à ignorer le sort de leur premier-né disparu… Tour à tour, chacun se questionne. Les chefs doivent prendre des décisions. Les femmes isolées aussi. Mais si la menace était plus grande qu’ils ne l’imaginent tous ?

J’ai voulu lire ce roman juste avant la remise du Prix de la Porte Dorée, espérant ainsi pouvoir en parler avec son auteur (Léonora Miano était la Présidente du Jury cette année). Le 4 juin dernier, j’ai donc profité de la soirée de remise pour échanger quelques mots avec elle, sans pour autant avoir fini ma lecture. J’ai eu le droit à une jolie dédicace et une conversation rapide mais très agréable. Avec la franchise qui me caractérise, je lui ai dit : « j’ai pour habitude, si je rencontre les écrivains et les trouve sympathiques, de ne pas ensuite publier une critique négative sur leur livre ». Ben oui, je trouve cela gênant. Autant je n’ai aucun mal à dire « du mal » d’un ouvrage sans connaitre son créateur, autant rigoler autour d’un verre avec un type et juste après dézinguer sa production, chui pas à l’aise avec le concept. A cela, l’énergique Léonora a répondu en me décochant son plus beau sourire ; « allez-y ! je rends publique ce que j’écris, je m’expose donc à la critique ! » Elle a aussi ajouté un truc du genre « mon égo s’en remettra, vous êtes libre de ne pas aimer mon livre ». Rolala, ça m’a mis une grosse, mais alors une grosse grosse pression. Parce que je me disais : si j’aime pas son bouquin qu’est-ce que j’fais, alors que j’l’a trouve vachement cool et classe et que j’lui ai dit que j’la critiquerais pas, mais elle elle m’dit d’y aller, gniagniagnia… Enfin, vous voyez comme c’est dur la vie de blogueuse ! Et effectivement, ça a été -et c’est, à l’heure où je vous écris- mon dilemme : car je suis un peu passée à côté de La saison de l’ombre.

Tout d’abord, j’ai été gênée de ne pas situer précisément l’époque et le lieu (je ne lis jamais les 4e de couverture, je les hais). Cela m’a rendu à moitié dingue de ne pas savoir si on était au XIVe ou au XVIIIe siècle ! Après, le pays exact est une information moins cruciale. Mais j’admets que quand on arrive au 3/4 du roman, on comprend ce choix de l’auteur de rester floue, car les personnages eux-mêmes découvrent au fur et à mesure ce que l’Histoire nous a déjà appris (la traite négrière, l’esclavage…). Je me suis aussi perdue dans les prénoms. Ebeise/Eyabe/Eleke ; les prénoms de femmes se ressemblent tous beaucoup et pour les hommes ce n’est pas mieux (Mukano/Mutango/Musima/Musinga). J’avais donc à la fois ce petit souci spatio-temporel et pour couronner le tout, une légère confusion quant aux différents personnages (assez nombreux, trop disons-le carrément à mon goût). Certains passages m’ont ennuyé ; de manière générale, je retiens des « bouts » de textes tandis que d’autres, depuis quelques jours à peine, se sont déjà totalement évaporés de mon esprit.

Cependant, j’ai aimé me confronter à une autre culture que la mienne. Comprendre le sens des scarifications, la structure du clan ou la place, le rôle de chacun. J’ai trouvé étrange mais pas désagréable de me figurer l’incompréhension d’un peuple qui ne connait rien du monde en dehors des limites de son village, qui ignore tout des autres habitants de la terre ! J’ai aimé le fait que Léonora Miano ne porte aucun jugement sur les hommes qu’elle décrit, y compris sur les aspects plus sombres de leurs traditions. Le fait que ce roman soit dépourvu de « morale » au sens de « ce qui est bien ou non » m’a plu, oui. Mais j’ai aussi , malheureusement, regretté le fait qu’elle ne joue pas plus à fond la carte du poétique. Il y a de très beaux élans d’écriture, mais ils retombent systématiquement trop vite. Je cherchais autre chose dans cette écriture.

Je cherchais, dans cette histoire qui ne m’emportait pas vraiment, autre chose auquel me raccrocher…mais je suis restée tout aussi hermétique au fond, qu’à la forme. Et je le regrette, car j’aurais aimé être touchée par le combat des personnages, tant pour comprendre ce qui leur arrive que pour exister et demeurer libres. Il y avait là une belle matière, tout un tas d’ingrédients pour que la recette soit alléchante, très appétissante même. Mais à la lecture, c’est retombé. Comme un soufflé dans le four. Je n’affirme pas que Léonora Miano soit mauvaise cuisinière, loin de là… mais je vais devoir goûter à autre chose pour changer d’avis !

 

La saison de l’ombre, de Léonora Miano. Éditions Grasset. 235 pages. 2013.

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