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La Table Littéraire : Interview de Frédéric Ciriez

7 février 2014 - Interviews

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APERITIF
Tes lectures formatrices ?

94956794_oMon premier livre lu et dont j’ai retenu le titre : Les Ratons laveurs dans la lune (Alain Grée, Editions des Deux Coqs d’or). Le premier livre dont l’imaginaire m’ait marqué : Le Roman de Renart. Un héros négatif dans la société, le goût pour la farce et les mauvais tours joués aux bourgeois et au loup Ysengrin… Formidable ! Mes « écrivains » d’adolescence : les auteurs symbolistes et décadents qui, lorsqu’ils faisaient du récit, faisaient surtout de la poésie en prose. Bref, des types bizarres, de Villiers de l’Isle-Adam au Guillaume Apollinaire de L’Enchanteur pourrissant. Plus tard ce sera Huysmans, Pierre Louÿs, Jean Lorrain, Marcel Schwob, des gens comme ça, avant les grosses bécanes américaines. Le roman en tant que tel, dans son acception classique de machine narrative, je ne l’ai découvert que très tard, avec Flaubert. J’adore aussi le roman noir, même si j’en lis moins qu’avant – Horace McCoy, James Ross, Jim Thompson, Marc Behm, Manchette en France – bref, des types qui me font rigoler. J’aime également beaucoup les essais et la critique littéraire.

ENTREE
Ton premier roman ?

94956813_oDes Néons sous la mer, publié en 2008, envoyé par la poste, sous pseudonyme. Mon éditeur m’a appelé quelques jours plus tard pour qu’on en discute et ça s’est fait. Conseil : contres les idées reçues, les manuscrits sont lus et il faut donc tenter sa chance en envoyant son texte chez un éditeur dont on apprécie les publications. Question de communauté d’esprits… Même si être refusé est la norme et accepté l’exception, se faire recommander n’est pas gage de publication et, bien souvent, ça embête les éditeurs plutôt qu’autre chose que de voir un pistonné débarquer avec un manuscrit sous le bras. Bref, tout le monde a sa chance.

PLAT
Après Paimpol, Paris ?

94956764_oOui, dans Mélo, mais involontairement, à travers une sorte de va-et-vient entre le centre de Paris, le quartier des Grands Boulevards, et la petite couronne du nord de la capitale. On m’a dit que j’avais écrit un livre sur Paris… mais je n’ai pas choisi de le faire ! N’étant pas parisien et ayant conscience du poids de cette ville dans la littérature, je n’aurais jamais fait le choix d’écrire un livre « sur Paris » – trop gros pour moi. Ce sont mes personnages, inscrits dans des lieux spécifiques, qui ont guidé l’écriture vers une sorte de géographie urbaine, mais cela n’a jamais été une volonté spécifique de ma part.

FROMAGE
Quelle place accordes-tu dans ton écriture à la ville ?

94957842_oJ’ai beaucoup déménagé dans ma jeunesse, je suis très sensible aux environnements. J’ai peut-être une conscience aiguë de cette détermination-là ainsi que de l’imaginaire politique des lieux. Mon premier livre était surtout un huis-clos dans un sous-marin inscrit dans un paysage lacustre, mon deuxième en serait finalement le revers, une errance dans Paris, à ciel ouvert. Le « cas » esthétique de la capitale française est d’ailleurs intéressant car l’imaginaire parisien est faible dans la littérature contemporaine, qui souvent ignore la rue et préfère les appartements bourgeois. Or même si Paris s’embourgeoise objectivement, la ville a toujours une substance populaire en quelques endroits. Ainsi mon évocation de la communauté des Sapeurs congolais de Château-Rouge.

DESSERT
Tes « rites » d’écriture ?

94956835_oAucun ou presque. Mais j’aime écrire en silence. Avec du café. Le matin. Jamais plus de trois ou quatre heures. J’écris cependant la nuit une fois ou deux chaque année. Les nuits de pleine lune. Dans les cimetières

THE OU CAFÉ “PHILOSOPHIQUE”
Pour quels lecteurs écris-tu ?

94957542_oJ’écris tout d’abord par plaisir et nécessité et, en ce sens, autant pour moi que pour tous ceux qui peuvent s’intéresser à ce que je publie. En ce sens, j’écris aussi bien pour tout le monde que pour personne, sans distinction d’âge, de sexe ou de classe sociale. En tout cas j’essaie d’être libre et de ne pas me soumettre à une quelconque attente du lecteur indexée sur les impératifs imaginaires et formels de l’industrie culturelle. C’est, dit différemment, une manière de respecter le lecteur que de se lier à lui à travers une sorte de pacte d’étrangeté, non pas de normalité. Et puis j’aime l’idée d’un lecteur invisible, élément d’une communauté insaisissable et vivante, dans le temps et l’espace – c’est un peu le web, non ?

DIGESTIF
Tes projets ?

94956881_oIl y a deux mots que j’aime peu, « travail » et « projet ». J’aime quand la force d’une oeuvre efface le labeur qui lui a permis d’advenir. Un artiste qui me dit qu’il va me montrer son « travail » ou son « boulot » me donne envie de fuir. Idem pour le mot « projet ». Car le mot projet ne vaut jamais pour lui-même mais se met toujours vicieusement au service d’une idéologie de la production. Finalement, les créateurs deviennent de petits producteurs culturels qui errent de projet en projet, projet qu’il convient bien sûr de faire mousser de temps à autre pour exister sur le marché des biens symboliques. Bref, même si j’avais des projets, je ne vous le dirais pas. Vous auriez dû me demander si j’avais des obsessions ou des envies de meurtre.

Merci à Frédéric de s’être prêté au jeu des questions !

Le visuel de cette interview a été fait par mon ami Giuliano Lesiak, dont vous pouvez retrouver le travail ici : giulianografico.wix.com/lesiak

ou sur Facebook : https://www.facebook.com/pages/Giuliano-Grafico/152049064957015

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