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La Trinité bantoue

25 février 2015 - Coup de coeur, Prix de la Porte Dorée, Romans
La Trinité bantoue

Mwana vit en Helvétie. Il a quitté son bantouland natal depuis longtemps déjà, quand une histoire de moutons noirs semble bien décidée à lui empoisonner l’existence…

Il n’est pas évident de trouver un travail en ces temps de crise économique, Mwana le sait bien. Ce qui lui est plus difficile à admettre, c’est que les refus s’enchainent les uns après les autres, sans arrêt. Est-ce à cause de cette affiche de propagande populiste et raciste qui s’en prend ouvertement aux « moutons noirs » (les immigrés) ? Parce qu’il est un noir qui vit au milieu des blancs ? Pourtant, il a fait de brillantes études ! Et ses anciens camarades ont tous réussi. Qu’est-ce qui cloche chez lui ? Quand s’ajoute à cela le fait que sa mère tombe malade, c’est la franche déprime. Mwana s’inquiète pour sa mère, qui est bientôt transférée en Suisse dans une clinique tenue par des religieuses. Pourtant, il est bien entouré. Ruedi son compagnon, un joli roux Helvète, tente de lui remonter le moral. Quant à sa sœur, la flamboyante et très pieuse Kosambela, elle ne semble jamais désespérer.

Max Lobe aborde avec une extrême finesse des thèmes majeurs de notre société contemporaine, qu’elle soit suisse ou française : l’immigration, l’intégration, le chômage, l’homosexualité. Les problèmes de rejet, de racisme, de bêtise humaine ne sont jamais abordés frontalement : tout le discours est subtil, il s’insinue dans le récit par des métaphores, des allusions, des anecdotes. Comme l’homosexualité de son héros, qui déjoue tous les clichés, les préjugés. Ce qui m’a surtout frappé, c’est vraiment cette douceur dans la manière de faire passer les choses. Le lecteur n’est jamais heurté, culpabilisé, pris à parti. D’ailleurs, le héros lui-même n’est que très peu préoccupé par tout ce tintamarre autour de l’affiche, ou des prochaines élections. Ce qu’il veut, lui, Mwana, c’est manger à sa faim. Et de préférence autre chose que les lentilles des Colis du Cœur. Pouvoir payer ses factures sans avoir la peur au ventre, chaque mois, de se retrouver à la rue. C’est un personnage très touchant, profondément humain, avec des défauts qui lui donnent une vraie épaisseur ; il est parfois égoïste, défaitiste, cruel. Et c’est pour cela qu’il nous embarque avec lui, dans ses galères, ses doutes et ses joies.
Enfin, grâce à la belle plume de l’auteur et les expressions bantoues qu’il utilise tout au long du récit, on rit beaucoup, beaucoup. « Ma conseillère est une dame grande comme trois mangues qui font du cirque. Elle a trop de margarine dans le corps (…) Trois cheveux blonds, sur son crâne, jouent à saute-mouton. Je me demande souvent pourquoi elle ne se fait pas un bon Kongôlibôn comme moi. Une boule à zéro lui irait sans doute mieux que ces trois poils-là qu’elle s’entête à cotiser. » Le rire, comme une arme de destruction massive pour se comprendre, s’apprivoiser malgré les différences culturelles… ou pas. Car finalement, ce que démontre aussi ce livre, c’est que tous les humains se rapprochent autour d’une seule et même idée ; celle d’être vivant. C’est l’expérience que fera la mère de Mwana, Monga Minga. J’ai d’ailleurs dû retenir mes larmes durant certains passages la concernant tant l’émotion était forte…

La Trinité bantoue est un roman lumineux, poétique, à la manière d’un conte. Un roman comme j’aime, intelligent, sensible et drôle. Je suis ravie qu’il ait rejoint tardivement la pré-sélection du comité de lecture du Prix de la Porte Dorée, ne serait-ce que pour avoir eu la chance de le lire. Il va faire partie de mes chouchous çui-là c’est sûr !

 

La Trinité bantoue, de Max Lobe. Editions Zoé. 200 pages. 2014.

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