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L’Année de la pensée magique

5 juillet 2014 - Autres livres/Poésie
L’Année de la pensée magique

Joan Didion est écrivain. Son mari, John Gregory Dunne, est décédé des suites d’une crise cardiaque en décembre 2003. Effondré en plein dîner, à la table familiale. Pendant que leur fille, Quintana, était en train elle aussi de lutter pour sa vie à l’hôpital. Des jours sombres qu’a traversé l’auteur durant un an est né L’Année de la pensée magique. Un livre sur le deuil, sur les pensées qui traversent les vivants, sur la mort et la maladie. Un roman « déjà considéré comme un classique » aux États-Unis et couronné par le National Book Award.

On ne peut, à mon sens, que juger des qualités ou des défauts littéraires d’un tel livre – et non pas la réflexion personnelle de l’auteur. Pour ma part, j’ai déploré plusieurs éléments. Tout d’abord, le nombre de personnes citées – et souvent inconnues de nous, lecteurs français ; soit parce qu’il s’agit de « personnalités » américaines, soit parce qu’il s’agit de proches de Joan Didion. Je n’ai pas toujours compris l’intérêt de ces interventions. Un sentiment identique pour la propension de l’auteur à nous exposer ses recherches médicales : combien de termes incompréhensibles nous inflige-t-elle ?! Enfin, j’ai trouvé que le récit perdait de sa force du fait du nombre important d’anecdotes racontées, qui diluent le propos plus qu’elles ne l’éclairent.

Quel dommage, car les réflexions de Joan Didion sur le deuil sont d’une puissante et d’une émotion sans pareille. « Je sais pourquoi nous essayons de garder les morts en vie : nous essayons de les garder en vie afin de les garder auprès de nous. Je sais aussi que, si nous voulons vivre nous-mêmes, vient un moment où nous devons nous défaire de nos morts, les laisser partir, les laisser morts. Les laisser devenir la photo sur la table de chevet. Les laisser devenir le nom sur les comptes de tutelle. Les laisser partir au fil de l’eau. Savoir tout cela ne rend pas plus facile de le laisser partir au fil de l’eau. » J’ai été émue par la détresse de femme après la perte de son mari, avec lequel elle aura été mariée quarante ans. J’ai eu la gorge serrée à la lecture de certains passages et me suis souvenue de certaines réactions de proches – ou des miennes- face au deuil. Impossible de changer un message sur un répondeur, avec la voix du défunt. Comment jeter ses vêtements ? J’ai compris pourquoi ceux qui restent ont si souvent l’air absent.

En fait, ce livre aurait à mes yeux mérité d’être plus court. Allégé des anecdotes, des fioritures « journalistiques » ou obsessionnelles de la narratrice qui veut tout raconter, au risque d’en dire trop.

Mais cela ne m’empêche pas de reconnaitre le courage de l’écrivaine, la justesse de son ton. Et de me rappeler cette phrase apprise il y a longtemps, dont l’origine aujourd’hui m’échappe : Ne pleurez pas pour les morts, pleurez pour les vivants qui restent…

 

L’Année de la pensée magique, de Joan Didion. Éditions Le Livre de Poche. 278 pages. 2009.

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