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Le bleu des abeilles

1 juin 2016 - Romans
Le bleu des abeilles

À huit ans, la narratrice apprend le français en Argentine, pour rejoindre sa mère en France. Son père est en prison, elle va le voir tous les quinze jours. Sa famille lui a assuré qu’elle partirait vite, d’ici quelques mois à peine, à Paris. Mais elle ne s’en ira que deux ans plus tard, au Blanc-Mesnil…

Encouragée par Noémie, sa professeure de français, l’enfant fait l’apprentissage d’une langue nouvelle, aux signes étranges. Elle découvre le mystérieux « c cédille », l’accent grave ou encore le « e » muet. Quel changement avec sa langue maternelle ! Un véritable coup de foudre. « J’ai aimé mon premier e muet comme tous ceux qui ont suivi. Mais c’est plus que ça, en vérité. Je crois que, tous autant qu’ils sont, je les admire. Parfois, il me semble que les e m’émeuvent, au fond. Être à la fois indispensables et silencieuses : voilà quelque chose que les voyelles, en espagnol, ne peuvent pas faire, quelque chose qui leur échappera toujours. » À son arrivée en France, elle tente de masquer son accent. Rien ne la fait plus rougir qu’un interlocuteur qui la fait répéter une phrase. Elle déteste qu’on ne la croit pas capable, comme en témoigne son obstination à vouloir lire un livre jugé trop difficile par une bibliothécaire revêche. Si ses copains Luis, Inès et Ana sont portugais ou espagnols, quelle n’est pas sa fierté de se lier d’amitié avec Astrid, une petite française, « pure souche » !

Le bleu des abeilles parle avec amour de la langue française. De cette culture qui est la nôtre, des codes qu’on inculque aux étrangers. Des chiens qui s’appellent Médor dans les livres pour enfants, mais Sultan en vrai. Des chansons comme Au clair de la Lune ou Frère Jacques. Un répertoire essentiel à la future intégration de la petite argentine. Car c’est de cet enjeu-là qu’il s’agit, qui traverse tout le roman comme un défi. S’intégrer, voire même s’assimiler. Avec l’humour des adultes, l’espièglerie des petits. Texte sur l’exil, à travers l’histoire des parents qui ont combattu contre la dictature militaire, la petite histoire rejoint la grande avec pudeur et délicatesse. Comme dans ce passage où le nom des camarades disparus est égrainé, pour ne pas oublier, lors des retrouvailles avec les amis réfugiés. Ou encore les pays d’accueil des survivants, qui dessinent une géographie de la douleur. Le lien de avec le père, privé de liberté, est magnifié par leur correspondance. Car à son arrivée en France, l’enfant se fait la promesse de lui écrire chaque semaine. Leurs échanges, qui portent surtout sur les livres qu’ils lisent, en même temps, chacun de leur côté, les aident à supporter la séparation.

J’ai vraiment apprécié de lire un livre « doux » sur l’exil. On est à hauteur de gosse, renouant ainsi avec l’enfance, ses interrogations, ses observations si justes et sensibles. La douceur n’empêche pas l’émotion, ni la complexité. Laura Alcoba le démontre en offrant au lecteur un roman sur l’identité bourré de charme, à l’image de cette petite fille attachante, qui a découvert dans l’amour d’une langue la possibilité de s’accomplir.

 

Le bleu des abeilles, de Laura Alcoba. Éditions Folio. 141 pages. 2015.

« On sait, ils savent. Inutile d’en dire plus. Stockholm, Amiens, Leverkusen et la Voie-Verte, c’est à cause de ce qu’il s’est passé là-bas. Et c’est ce qui nous a réunis là, devant le bac à sable, au Blanc-Mesnil. Tout paraissait absurde, soudain. Dérisoire ? C’est le mot qui m’est venu à l’esprit, même si je ne suis pas tout à fait sûre de savoir ce qu’il veut dire au juste. Il me semble que durant quelques instants tout le monde est resté en arrêt, que la scène s’est figée – d’un coup, nous étions tous un peu là-bas, un peu à l’époque, comme on dit. Des angoisses, des peurs, des images différentes ont dû traverser notre esprit, mais personne ne les a nommées. Personne ne les nommera, jamais, bien que nous les sachions à la fois distinctes et communes – c’est comme cela, l’exil, pas besoin de s’étendre. »

2 réflexions sur “ Le bleu des abeilles ”

Camilla

Un livre que je ne connaissais pas du tout, je note le titre ! 🙂

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Manoulivre

Un livre relativement « doux » sur l’exil… Dis-nous ce que tu en auras pensé ! Merci de ta visite et à bientôt !

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