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Le consul

12 février 2015 - Prix de la Porte Dorée, Romans
Le consul

Aristides de Sousa Mendes est consul du Portugal à Bordeaux, en juin 1940. Lorsque le régime de Salazar fait passer la circulaire n°14, interdisant de délivrer des visas aux juifs, aux apatrides et à tous ceux recherchés par le régime nazis, il décide d’agir.

Le consul est un homme aimant, avant tout. Il aime sa femme Angelina, leurs douze enfants, son frère César et son pays, le Portugal. Son sens du devoir semble émaner de cet amour. Mais il n’est pas lisse pour autant ; il aime aussi sa maîtresse Andrée, la fille illégitime qu’elle lui a donné. Longtemps, sa vie a été légère et pleine de facilité. Mais la seconde guerre mondiale et le régime fasciste d’Hitler vient bouleverser la donne. S’il exécute à la lettre la circulaire n°14 et prive des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants de cette liberté qu’il chérit tant, il sait que cela revient à les conduire à une mort certaine. Alors, tandis qu’en ces temps obscurs, nombreux sont ceux qui, dans les administrations, obéissent avec zèle, lui décide de faire l’exact inverse. Refusant de fermer les yeux sur la détresse de ces gens qui sollicitent son aide, il va signer, à un rythme effréné, des milliers de visas. Pour permettre à la foule qui se presse aux portes du consulat de gagner des rivages plus sûrs, d’émigrer vers les États-Unis ou l’Amérique latine. Sans le savoir, il devient un Juste, sauvant plus de 30 000 personnes. Parmi eux, 10 000 juifs échappent ainsi aux camps de concentration.

Je ne connaissais rien de l’histoire d’Aristides de Sousa Mendes, qui a réellement existé. Son acte héroïque lui vaudra de finir sa vie ruiné, sa famille éparpillée un peu partout dans le monde, son honneur bafoué. Salazar ne lui pardonnera jamais sa désobéissance, tout en tirant plus tard à profit son action, sans jamais le réhabiliter. J’ai aimé apprendre son rôle dans le sauvetage de milliers de personnes. C’est une belle histoire, un bel angle pour raconter autrement la seconde guerre mondiale. Le romancier brosse un portrait tout en nuance de son personnage, mettant en valeur son héros sans omettre d’évoquer ses failles, le rendant ainsi plus humain. Je ne suis pas très férue de religion et pourtant j’ai été touchée par la foi de cet homme, qui se refuse à trahir les enseignements du Christ en participant au génocide d’un peuple. A travers son action, c’est encore et toujours la question du choix qui se pose, le choix qu’on fait ou non les gens de cette époque, de résister ou de collaborer. On pourra cependant regretter quelques répétitions tout au long du texte, dont un passage entier recopié mots à mots à plus de cent pages d’écart. La question a été soumise à l’éditeur, qui en a pris note.

De Sousa Mendes a décidé de ne pas être l’un de ces hommes « prêts à obéir à en perdre l’âme, sans jamais questionner les ordres, agissant parce qu’on le leur avait demandé, n’osant rien si rien n’était clairement signifié par leurs maîtres. » Il pose aussi cette question au lecteur que nous sommes : « Ne faut-il pas être fou pour être un homme juste ? »

 

Le Consul, de Salim Bachi. Éditions Gallimard. 178 pages. 2015.
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