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Le roi disait que j’étais diable

29 octobre 2015 - Coup de coeur, Romans
Le roi disait que j’étais diable

Depuis la tour Maubergeon de son palais de Poitiers, Aliénor d’Aquitaine guette l’arrivée du futur roi de France.

Louis VII vient pour l’épouser, elle, la petite-fille de Guillaume IX le Troubadour. Elle qui aime la colère et le sang, les fêtes et les poètes, est promise à un jeune homme effacé et pieux, qui ne s’est épanoui que dans le silence d’un cloître. « Louis rêve d’une vie monacale, de paroles et de respect. Tout ce que je fuis depuis l’enfance. Tout ce que je hais. Si je pouvais, je vivrais dans un palais immense peuplé de soldats et de poètes. » Il n’était pas fait pour être roi, mais l’Histoire en a décidé autrement. Elle était faite pour être reine, mais les conseillers de son mari vont tout faire pour l’empêcher d’être trop proche du pouvoir. Car Aliénor est une femme de tête, au caractère de feu. On la dit « jolie, turbulente, ambitieuse ». Au premier regard échangé, leur destin semble scellé. La jeune femme méprise son futur époux pour ses faiblesses, son humilité ; il pense d’elle « je t’ai aimé aussitôt, et dans le même instant, tu m’as effrayé ». Cette première impression résumera les quinze années de vie du couple royal. De l’Aquitaine à Paris, en passant par la Champagne et la Palestine, ils n’auront de cesse de s’opposer, de se provoquer, tentant de se comprendre sans y parvenir.

Le récit fait alterner la voix des époux royaux. Deux monologues, bien distincts et reconnaissables. Si Aliénor s’adresse implicitement au lecteur, Louis semble n’avoir de mots (et de maux) que pour elle. Cette construction pertinente permet de comprendre les griefs, les espoirs et la personnalité complexe des personnages, met en lumière les dissensions du couple. L’analyse psychologique de ces êtres que tout oppose est menée en finesse, avec des partis-pris évidents mais sans manichéisme. L’auteure n’oublie pas de nuancer son propos, de faire évoluer ses personnages, de leur attribuer des contradictions qui les sauvent d’une opposition simpliste (la méchante Aliénor contre le gentil Louis). Un même évènement apparait de deux façons totalement différentes, selon qu’il ait été vécu par le roi ou la reine. Dans la dernière partie, la narration passe par la voix de Raymond de Poitiers, l’oncle d’Aliénor. Depuis Antioche, cette voix s’élève ; prophétique, majestueuse.

Au-delà de l’intérêt évident de l’histoire telle qu’elle est ici racontée, je dois confier mon étonnement quant à la beauté de l’écriture. J’ai été très surprise, dès les premières lignes, car je ne m’attendais pas à autant de poésie, de finesse dans l’expression. Clara Dupont-Monod maîtrise particulièrement bien son récit. Elle adapte son écriture aux personnages, aux situations. Des phrases courtes et sèches pour Aliénor, à l’image de son caractère ; des mots de guerrière, des sentences coupantes comme le tranchant d’une épée. Pour Louis, des questions, des doutes, une mélancolie apeurée qui grandit et se transforme peu à peu en aigreur. L’atmosphère des châteaux sombres, du ventre de Paris ou du voyage en Terre sainte est restituée à la perfection. Le lecteur, emporté par une prose fiévreuse, nerveuse, au lyrisme assumé et juste, parcourra un long voyage, en quelques 170 pages. Un vrai tour de force. Nul besoin d’être féru de Moyen-Âge pour apprécier, même si l’on ne sera pas étonné de voir, dans la biographie de l’auteure, la mention « diplômée en ancien français » tant l’époque est savamment peinte.

J’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir l’écriture de Clara Dupont-Monod. Une fois le livre ouvert, j’ai eu du mal à le lâcher ! Cette première lecture m’a donné envie d’aborder ses autres romans. En ce qui concerne celui-ci, c’est un coup de cœur.

 

Le roi disait que j’étais diable, de Clara Dupont-Monod. Éditions Le Livre de Poche. 192 pages. 2015.

Ce livre m’a été adressé dans le cadre d’un partenariat avec l’éditeur. Je le remercie chaleureusement.

Pour préparer ce billet, j’ai navigué sur la toile et suis tombée sur cette vidéo de la librairie Mollat, que j’ai trouvé particulièrement réussie. En cinq minutes, l’auteure « résume » le personnage d’Aliénor, son parti-pris dans l’écriture… passionnant.

3 réflexions sur “ Le roi disait que j’étais diable ”

Une Comete

Hello Manou 🙂 très bel article ! Je suis heureuse de te retrouver! Bisous ????

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Une Comete

Et ton nouveau blog est vraiment très beau ! Quel travail !

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Manoulivre

Merci chère Comète pour ta venue, je suis trop contente que tu ai retrouvé le chemin de la blogosphère !!! A très vite !

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