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Les amandes amères

22 octobre 2012 - Romans
Les amandes amères

Edith est traductrice. Elle travaille chez elle, a un mari aimant et trois beaux garçons. Fadila est la mère de sa gardienne, une femme sans âge, la soixantaine passée, licenciée depuis peu. Sa fille sonne à toutes les portes en espérant que quelques familles du quartier acceptent de la prendre quelques heures par semaine pour faire du repassage. Edith accepte. Son mari est emballé. Pour lui c’est « de la vraie solidarité de proximité ».

Très vite, Edith se rend compte que Fadila ne sait ni lire ni écrire. Et que cela l’handicape dans tous ses petits gestes quotidiens ; pour connaitre son propre numéro de téléphone, reconnaître celui de ses proches, pour prendre le métro, pour remplir des papiers administratifs, pour se défendre face à certains organismes. Elle va lui proposer de lui apprendre, sans se douter de la tâche qui l’attend. Car apprendre à un adulte qui ne sait pas lire, qui n’a jamais su, est complexe dans tous les cas, mais certainement encore plus pour qui n’est pas professeur de métier. « Les jours qui suivent, Edith est travaillée par le doute. Elle a peur d’avoir fait une idiotie. Elle n’a pas d’expérience en la matière, ou très peu ». Pendant des mois et des mois, Edith va tenter ne serais-ce que d’apprendre à Fadila à lire et écrire son prénom, puis son nom, celui de ses enfants… Quelques numéros de téléphone ; le sien, celui de son fils. Mais la mission s’avère pénible, et en cherchant à lui apprendre, Edith se met à la comprendre. Ces femmes que rien n’unissait au départ vont finalement se parler. Se parler et s’écouter, malgré leurs différences sociales et culturelles.

J’ai été très touchée par cette lecture car je n’y ai pas trouvé de clichés, mais beaucoup de tendresse de la part de l’auteure, à la fois pour cette femme qui ne mesure pas bien dans quoi elle s’engage au départ mais qui le fait avec une certaine « charité » propre à son éducation que l’on soupçonne très « bourgeoisie de gauche » et pour cette autre, qui a été beaucoup moins épargnée mais qui est digne, et se bat pour garder le minimum qu’elle a acquit. On y apprend beaucoup sur le sujet de l’analphabétisme, les différentes méthodes d’apprentissages, les difficultés rencontrées par ceux qui enseignent et par ceux qui reçoivent l’enseignement. L’originalité du roman se trouve aussi dans la façon dont l’auteur fait parler Fadila. Elle restitue par l’écriture la sonorité de ses prononciations, ce qui la rend terriblement attachante et vivante. « Non, ‘j’rd’hui j’fais pas. (…) J’pas dormi la nuit. J’descends dehors deux fois ». Quand Edith ne comprend pas, ou à retardement ses expressions parfois déformées par son accent (ce qui donne des passages assez drôles d’ailleurs) elle la fait répéter. Elle lui pose aussi beaucoup de questions, sur ses mariages, ses enfants, sa vie au Maroc. On sent le lien qui les unit et qui s’affirme de plus en plus au fur et à mesure du récit, cette sorte d’amitié particulière qui se créée. L’aspect répétitif de la narration pourrait en rebuter certains, car les leçons sont quasiment toujours les mêmes, ainsi que les erreurs de l’élève, récurrentes. Pour ma part j’ai trouvé que cela exprimait bien la difficulté de l’apprentissage, qui n’est qu’une suite de répétitions permettant à celui qui apprend d’assimiler les informations du professeur.

C’est une lecture qui m’a donné beaucoup de plaisir, mais je n’ai qu’un regret : la fin. Je n’ai pas compris pourquoi l’auteure a choisi celle-ci. Ce doit être un tort de lectrice que de souhaiter le plus souvent un happy end, mais je ne m’y attendais tellement pas que cela m’a un peu déçue. Après une vie aussi difficile, j’espérais une accalmie pour Fadila. Cela ne m’empêchera pas pour autant de vous recommander ce très joli roman…

 

Les amandes amères, de Laurence Cossé. Éditions Gallimard. 219 pages. 2011.

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