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L’ombre de moi-même

31 octobre 2014 - Coup de coeur, Romans
L’ombre de moi-même

Mona Gray a vingt ans et des chiffres plein la tête. Pour elle, les maths sont un refuge contre tout ce qui blesse, comme la maladie de son père qui un jour est devenu gris. Ce jour-là, Mona encore petite fille a renoncé à beaucoup de choses et notamment à la réussite. Douée en course à pied, elle a abandonné. Douée dans beaucoup d’autres domaines, elle ne s’est plus autorisée à aller de l’avant. Méthodiquement, elle a mis en place une logique de sabordage de sa vie, de ses projets. Jusqu’au jour où sa mère la met gentiment à la porte, comme une injonction à vivre enfin. Dès lors, elle est embauchée comme professeur de mathématiques dans une école primaire. Elle y fera la rencontre d’enfants attachants ; la petite Lisa Venus dont la maman se meurt d’un cancer, le petit Elmer ou encore Ann, une satanée chipie… mais aussi d’un collègue aussi charmant qu’énervant…

J’avais entendu parler d’Aimée Bender lors de la parution de La Singulière Tristesse du gâteau au citron, qui a eu beaucoup de succès. Le sort réservé à ce premier roman, L’ombre de moi-même fut bien moins bon, alors qu’il figurait dans la sélection 2013 pour le Prix du Meilleur Roman des Lecteurs de Points. Mais je dois avoir l’esprit de contradiction, je ne vois que ça… Car pour ma part, je n’ai pas aimé, j’ai a-do-ré. Durant une semaine, chaque matin et chaque soir, j’ai retrouvé Mona avec un plaisir infini. Ce personnage m’a touché, par sa maladresse, ses tocs multiples – comme celui de cogner sur du bois pour se calmer ou de se fourrer du savon dans la bouche pour résister à l’appel de la chair – et sa jeunesse. Cette idée que tout est encore possible, que son destin est entre ses mains a décuplé ma tendresse et ma bienveillance à son encontre. Beaucoup d’autres personnages de ce roman m’ont fait sourire, comme Monsieur Jones, qui accroche chaque jour à son cou un chiffre à l’image de son humeur, ou encore la mère de Mona, discrète et aimante. Quant à la petite Lisa, je l’aurais bien adoptée !

L’aspect fantaisiste, voire surréaliste du roman est une des critiques que l’on retrouve souvent ; mais c’est précisément ce qui fait tout son charme ! La littérature n’a pas toujours vocation à être le reflet de la « vraie » vie, vous ne pensez pas ? Pour ma part, ce qui m’a tant émue c’est ce décalage entre cette héroïne, ce monde étrange et la justesse de la « morale » qui s’en dégage. C’est un hymne au dépassement de ses peurs, mis en valeur par une écriture pleine de fragilité et de poésie. Et si vous redoutez le thème des maths, je vous rassure… je ne porte pas vraiment les maths dans mon cœur et pourtant cela ne m’a pas empêché de trouver cela passionnant. Au contraire, j’ai pu ainsi changer mon regard sur les chiffres et apprécier leur grâce – ce qui m’a toujours semblé impossible !

Si vous avez envie de lire quelque chose de singulier, de déroutant et qui vaut le détour, je vous conseille vivement L’ombre de moi-même. D’autant plus que la traduction est signée Agnès Desarthe, une auteure dont la sensibilité a certainement servi le texte. J’ajoute que je me suis rarement sentie aussi triste de quitter des personnages… Arrivée à la dernière page sans m’en rendre compte, je n’ai pu m’empêcher de m’exclamer à voix haute (dans le train, la honte) « oh non ! » tant j’aurais aimé poursuivre encore le voyage… (dans le livre hein, pas dans le train). Je ne suis pas prête d’oublier ce coup de cœur.

 

L’ombre de moi-même, d’Aimée Bender. Editions Points. 305 pages. 2013.

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3 réflexions sur “ L’ombre de moi-même ”

Manoulivre

Oui Béa, j’étais vraiment surprise du nombre de lecteurs qui n’ont pas aimé ce roman… d’où mon envie décuplée de le défendre, peut-être… ?

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Une Comete

Aaaaah j’ai eu la chance de faire partie du jury points l’année où ce bouquin était dans la sélection … Je l’ai détesté…. Bouhhh… Un pensum pour moi….

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Manoulivre

Oui Béa, j’étais vraiment surprise du nombre de lecteurs qui n’ont pas aimé ce roman… d’où mon envie décuplée de le défendre, peut-être… ?

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