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L’oubli que nous serons

23 juillet 2017 - Autres livres/Poésie
L’oubli que nous serons

Héctor Abad Gómez fut assassiné le 25 août 1987 à Medellín, en Colombie. Âgé de soixante-cinq ans, il était médecin, universitaire, militant pour les droits de l’homme. Dénonciateur des crimes qui ravageaient impunément son pays. Père de six enfants, cinq filles et un garçon, sa bonté n’avait d’égal que son dévouement aveugle pour autrui.

« Souviens-toi, âme endormie » ; c’est à cet appel que répond l’auteur, en rendant hommage à ce père tant aimé et admiré, ainsi qu’aux combats qu’il mena toute sa vie. Afin que l’oubli n’engloutisse pas tout, que la figure mémorable de cet homme puisse perdurer encore. Tout au long du récit, sont évoqués à la fois la personnalité du médecin, la relation à ses enfants et les causes sociales, politiques et universitaires qu’il défendit avec acharnement. On découvre un homme jovial, bon, idéaliste, sensible et généreux. Cultivé, amateur de la beauté sous toutes ses formes, qu’elle se trouve dans la poésie ou dans les roses de son jardin. Mais aussi, parfois, d’une naïveté surprenante – qui le conduisit certainement à sa perte – et complexe par ses contradictions, notamment politiques et partisanes. « Idéologiquement hybride : chrétien en religion, pour la figure aimable de Jésus et son inclination évidente vers les plus faibles ; marxiste en économie, parce qu’il détestait l’exploitation économique et les abus infâmes des capitalistes  ; et libéral en politique, parce qu’il ne supportait pas le manque de liberté non plus que les dictatures, pas même celles du prolétariat, car les pauvres, en accédant au pouvoir et en cessant d’êtres pauvres, n’étaient pas moins despotes et impitoyables que les riches au pouvoir ».

Antithèse du « macho » colombien traditionnel, Héctor Abad Gómez était capable de pleurer sans honte, d’exprimer à sa femme et ses enfants tout son amour, tant par les gestes que par les mots. C’est une des choses qui m’a le plus frappée dans ce livre, car elle me parait essentielle dans ce que l’on lègue à ses enfants : cet énorme « bagage » d’amour, cette tendresse qui vous permet de vous lancer avec espoir et courage dans l’existence. Une éducation qui se révèle être un pilier dans une vie d’enfant, puis d’adulte. Ce portrait intime n’omet pas de rappeler les causes défendues par le médecin. Ses campagnes de santé publique visaient à sensibiliser à la fois la population et les institutions aux notions premières d’hygiène, garanties d’une meilleure santé. Il défendit, encore étudiant, l’indispensable accessibilité à l’eau potable. Plus tard, il mena des campagnes de vaccination et de traitement des parasites intestinaux, montra aux habitants comment construire des citernes d’eau ou installer les canalisations.

Les plus belles pages du livre sont, à mon sens, celles qui évoquent la personnalité de cet homme. L’autre « partie », qui aborde des questions politiques propres à la Colombie, m’a semblé plus obscure. Si l’on ne connait pas particulièrement l’histoire du pays, on passe à côté de certaines pages. Je n’ai pas eu le sentiment de lire un « chef d’œuvre », comme nous le vante la quatrième de couverture. Parfois répétitive, la structure du récit m’a dérangé à certains moments. Les passages énumérant différents membres de la famille m’ont paru aussi nuire à l’intensité du propos. Mais ma lecture fut dans l’ensemble plaisante et je salue l’hommage sincère d’un fils pour son père. Il fait partie des livres à lire si l’on s’intéresse à la thématique des relations parents-enfants.

Cela renforce également ma conviction que la seule éducation indispensable est celle qui donne aux enfants le sentiment d’avoir été profondément aimés par leurs parents.

 

L’oubli que nous serons, de Héctor Abad. Editions Folio. 390 pages. 2012.

« Je pense maintenant que la seule recette pour pouvoir supporter la dureté de la vie au fil des années, c’est d’avoir reçu dans l’enfance beaucoup d’amour des parents. Sans cet amour exagéré que me donna mon père, j’aurais été quelqu’un de bien moins heureux. »

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