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Madame Diogène

25 décembre 2014 - Romans
Madame Diogène

Madame Diogène vit seule dans un appartement transformé en benne à ordures. En terrier, dit la quatrième de couverture (pour faire plus poétique) et dans l’accumulation de « tombereaux d’immondices dont les remugles ont alerté les voisins« . Vendu par l’éditeur et la presse comme une « plongée vertigineuse dans la folie« , ce premier roman nous promet d’explorer « avec une force et une maîtrise étonnantes un territoire aussi hallucinant qu’insoupçonné« . Vaste programme…

L’adjectif hallucinant a bien toute sa place dans l’analyse de ce roman. Ma lecture toute entière a été hallucinante. Monsieur Delsaux incruste avec obstination dans son récit d’affreuses et repoussantes bebêtes ; cafards, fourmis, tiques, puces et compagnie. Vous aurez aussi droit au caca, pipi, vomi et autres réjouissances. Cette petite et récurrente « provocation » est si clairement affichée qu’elle annule l’effet escompté. Je ne veux même pas m’attarder là-dessus.

Ce qui m’a sidérée, c’est la véritable escroquerie littéraire que constitue Madame Diogène. Au début de sa torture lecture, le lecteur éprouve à la fois écœurement, dégoût et rejet. L’héroïne, cette vieille chose « puante » (c’est pas moi qui l’dis, c’est son créateur) n’attire pas spontanément la sympathie, c’est le moins qu’on puisse dire. Mais parce que les voisins se liguent contre elle, parce que nous sentons leur haine potentiellement meurtrière, ça commence à nous chauffer un chouia. Mdame Empathie rapplique à toute berzingue dans nos têtes, on est pas des monstres tout d’même. Apparaît subitement l’envie de comprendre ce personnage, de savoir ce qui lui est arrivé pour qu’elle finisse zinzin à ce point. Son comportement est celui d’une personne atteinte du syndrome de Diogène et nous on aimerait bien savoir pourquoi, quand, comment, tout n’a plus tourné rond là-haut. Mais on nous balance seulement, comme un vieux nonosse, le frangin dénommé Georges (laid parce qu’handicapé, déformé, mort ?) et une vague allusion à des fausses couches, pour faire taire les questions. Pour ce qui est des explications psychologiques de fond, c’est plié, fini, on remballe, y’a plus rien à voir msieur dame, vous n’en saurez pas plus ! Alors, quand en tant que lectrice je comprends que je suis en train de me faire gentiment mais royalement empapaouter, que l’histoire que je lis n’a ni queue ni tête et qu’elle ne suscite en moi nul intérêt ni émotion, alors forcément… forcément, je regarde avec un peu plus d’attention le style. Je relève donc des phrases, des tournures, des métaphores. Et là, la colère se met à monter, tout doucement, comme la folie de la vieille qui s’amplifie. Mon agacement va croissant, plus je m’approche de la fin du roman…

Ce qui m’a le plus dérangé, c’est que soit pris le prétexte de la folie du personnage pour écrire n’importe quoi. Un certain nombre de tournures de phrases, d’enchaînements sont comiques par leur ridicule. « Elle lâche le catalogue, s’enfuit de la page« . Ah bon ? Et le catalogue, il lui court après ? Ou bien « Sans ressentir le chagrin qu’épanchaient ses yeux, ont coulé d’abondantes larmes, tandis qu’elle tient dans sa serre cette longue boîte cartonnée qu’elle a ouverte, et dans quoi, la lâchant, elle laisse dormir de longues allumettes. » Bon, elle pleurait en regardant une boîte d’allumettes, quoi… Quelle construction alambiquée ! Mon deuxième point de crispation et non des moindres est celui de la soi-disant « écriture poétique ». C’est de la poésie, ça ? « La travaille, comme parfois le plus désespéré des grands singes, le remords d’exister. Elle a six fois six mille ans. » Ben tu m’étonnes qu’elle pue… Pardon d’être si sarcastique, mais lire des choses pareilles me rend un tantinet hargneuse. (Et j’assume). Peu de livres m’ont agacée à ce point. Je m’interroge aussi sur la beauté « poétique » d’un passage comme celui-là : « A la fin des temps, un arbre se mettrait à pousser dans ton ventre. Une petite pousse au-dessus de ton nombril, une tige, puis les premières branches (…) Les racines sortiraient par tes oreilles, ta vulve et ton anus, les branches par tes narines, tes oreilles, ta bouche, tes yeux, et d’autres encore prolongeant tes mains, tes cheveux. Tu épouserais enfin le vent, tu épouserais enfin la terre. » Mais bien sûr ! Et sinon, les ravages de la drogue, on en parle ou bien ?

En privant son lecteur d’une histoire qui tienne la route et en l’accablant d’un style à la fois comique et surnaturel par son aspect outrancier, Aurélien Delsaux fait une entrée fracassante dans le petit cercle des primos-romanciers. Pour ma part, je suis fâchée, sacrément fâchée du temps perdu à lire un machin pareil ! Si par le plus grand des hasards, l’auteur tombait sur mon billet (j’ai eu un précédent bloguesque douloureux sur un premier roman…) je suis d’avance désolée, mon but n’est pas de blesser gratuitement. Mais là, franchement, ça me démangeais vraiment trop pour ne pas être franche. Et qu’il se rassure, il y aura toujours un public friand d’histoires bancales, malsaines, qu’on enrobe de pleins de mots compliqués et de « poésie » pour faire vendre. Mais ce sera sans moi !

 

Madame Diogène, d’Aurélien Delsaux. Éditions Albin Michel. 138 pages. 2014.

3 réflexions sur “ Madame Diogène ”

Manoulivre

Oui Comète, tu ferais bien ! Je suis désolée, j’étais tellement horrifiée que je me suis sentie obligée de partager mon avis…

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Une Comete

Eh ben… Quel billet !!! Je fuis ce livre à toutes jambes ( et qu’il ne s’avise pas de me courir après)))

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Manoulivre

Oui Comète, tu ferais bien ! Je suis désolée, j’étais tellement horrifiée que je me suis sentie obligée de partager mon avis…

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