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My absolut darling

25 août 2018 - Coup de coeur, Romans
My absolut darling

Turtle Aveston vit seule avec son père Martin dans une vieille maison, sur la côte californienne. À quatorze ans, elle manie mieux les armes à feu que les listes de vocabulaire imposées en cours. Elle n’aime pas l’école, persuadée d’être trop stupide pour apprendre. Pourtant Anna, sa professeure, croit en elle et aimerait l’aider. Mais Turtle ne laisse personne l’approcher de trop près et se dérobe face aux questions. Gamine presque sauvage, solitaire, seul son Papi a droit à quelques marques d’attention. Le reste du temps, ce qu’elle aime, c’est pouvoir s’échapper dans la nature, pieds nus…

S’échapper, oui, c’est bien le terme qui convient. Car chez elle, il y a le père. Un homme violent, prédateur qui impose sa loi sous couvert d’un amour débordant, sans limites. Qui a appris à sa fille à se servir d’une carabine dès l’âge de six ans et la prépare à la fin du monde, des fois que. Malgré tout, son charisme l’emporte aux yeux de l’ado, persuadée qu’à eux deux, ils sont les plus forts face au monde entier. Mais comment peut-elle se construire dans cette atmosphère pré-apocalyptique et ses sentiments à l’ambiguïté déchirante ? Comment croire en elle, quand la figure paternelle est à la fois un modèle de perversité et « d’amour absolu » ? Lorsque Turtle rencontre Jacob et son ami Brett, deux garçons à peine plus âgés qu’elle, les limites de son monde se mettent à trembler. Ces deux jeunes gens plein de fantaisie lui ouvrent des horizons insoupçonnés, où les règles du jeu n’ont rien à voir avec celles qu’elle connait. L’envie de s’émanciper la poussera à faire des choix aux conséquences irréversibles.

Gabriel Tallent a mis huit ans à écrire ce premier roman. On comprend pourquoi, tant le sujet est difficile et le rendu à la hauteur du temps consacré. Le travail de recherche sur les armes est d’une précision chirurgicale, la psychologie des personnages d’une extrême finesse. Le lecteur est totalement immergé dans les pensées de l’héroïne, il en connait les moindres détails, a peur avec elle, souffre avec elle. La géographie des lieux est si bien décrite que l’on est littéralement transporté à ses côtés, marchant dans ses pas. Si comme moi, vous êtes tentés d’abandonner à la trentième page, où se joue la « révélation », qui annonce l’intensité dramatique du récit, je vous invite à continuer. Passé ce premier moment d’effroi, où le dégoût le dispute à la colère, vous ne pourrez plus lâcher ce livre. J’ai rarement été aussi secouée physiquement durant une lecture. Arrivée aux dernières pages, je ressentais une tension extrême, le cœur palpitant à toute vitesse, les mains moites, les mâchoires tendues. Dur, âpre, d’une violence parfois à la limite du soutenable, ce roman n’en est pas moins à de rares instants lumineux, tant il est (aussi) porteur d’espoir. Turtle est d’une force et d’un courage à couper le souffle. Ce personnage restera longtemps dans ma mémoire, marquée par sa détermination et sa rage de vivre.

Je prédis à My absolut darling un aussi grand succès en France qu’aux États-Unis et ne peux que vous conseiller de courir chez votre libraire l’acheter.

 

My absolut darling, de Gabriel Tallent. Editions Gaillmester. 454 pages. 2018.

« Elle serpente parmi les myrtes et les frondes couleur rouille. Elle atteint le ruisseau rocailleux, le remonte en pataugeant, les pieds engourdis par le froid. Les arbres se dressent, noirs sur la voûte céleste constellée d’étoiles. Elle pense, Je vais rentrer, maintenant. Retourner dans ma chambre. J’ai promis, et promis, et promis encore, et il ne supportera pas de me perdre. À l’est, le cours d’eau scintille dans la pénombre sauvage. Elle reste là longtemps à respirer, à absorber le silence. Puis elle avance. »

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