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Ru

13 octobre 2014 - Coup de coeur, Romans
Ru

Naître au Vietnam durant l’offensive du Têt. Grandir dans une belle maison, remplie de bruit, de domestiques, de gens. Avoir une tante Sept, un oncle Deux, une cousine princesse. Être soi-même une ombre. Quitter son pays dans la cale d’un bateau, avec des centaines d’inconnus agglutinés les uns contre les autres dans une promiscuité effroyable. Arriver dans un ailleurs contraire et tout reconstruire. Tout réapprendre. Réinventer. Avec la générosité des uns, les souvenirs des autres et l’avenir devant. Découvrir une nouvelle langue, travailler, grandir. Aimer et devenir mère. Apprivoiser son fils autiste. Transmettre à ses enfants son héritage, sans jamais faire peser sur leurs frêles épaules le poids qu’on a soi-même porté.

Ce court roman de 143 pages balaie les souvenirs d’une immigrée vietnamienne au Québec. Dans des allers-retours constants entre passé et présent, Kim Thuy aborde les paradoxes de l’exil, ses difficultés comme ses joies et dresse le portrait d’une femme bouleversante. Tout comme son héroïne, l’auteure a quitté le Vietnam à dix ans avec d’autres boat people. Je l’ai découverte au festival Etonnants Voyageurs de Saint-Malo il y a deux ans et elle m’avait fait une très forte impression. Pleine d’humour, pétillante, sa personnalité m’avait vraiment marquée et je m’étais promis de la lire un jour. Promesse tenue.

J’ai englouti ces 143 pages presque sans m’arrêter. Les yeux embués tout au long de ma lecture, sans que jamais une larme ne coule, mais toujours sur la corde raide… L’émotion était entière, d’une pureté rare. La langue française est sublimée par la plume de Kim Thuy. Chaque mot a sa place, aucun n’est inutile ou bavard. Les phrases courtes qu’elle emploie vous percutent de plein fouet. Les images prennent vie de suite. En quelques lignes, elle restitue un paysage, une culture, un pays. Sans jamais s’apitoyer, au contraire. En quelques lignes, elle rappelle toute l’humanité des êtres qu’elle a côtoyé ou inventé. En quelques lignes, elle exalte la beauté, l’amour, la poésie. La Vie.

Je n’ai pas cherché à savoir si d’autres ressemblances existaient entre son personnage et elle. En fait, cela n’a pas vraiment d’importance. Ce qui en a plus à mes yeux, c’est qu’elle m’ait offert ce bonheur de lecture. Je n’avais rien lu d’aussi beau depuis des mois. Les mots me manquent pour vous dire à quel point vous ne pouvez pas passer à côté de cette petite merveille. Pour ma part, j’en garde encore des traces, plusieurs semaines après. Ce qu’elle dit de ses parents, de ses enfants, de ce pays qu’elle a quitté et de celui dans lequel elle vit aujourd’hui ; tout m’a touché, tout m’a chamboulé. Je ne peux pas en dire plus ; cela reviendrait à en dire trop.

Pour finir, je souhaiterais simplement la remercier (même si elle ne lira certainement jamais ce billet). Pour toutes ces émotions ressenties, qui nous rappelle que nous sommes vivants. Merci mille fois Madame Thuy, vous êtes un grand écrivain, une grande écrivaine.

 

Ru, de Kim Thuy. Éditions Liana Levi. 143 pages. 2010.

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Une réflexion sur “ Ru ”

Kidae

Bon ben si on ne peut pas passer à côté, je le note de suite !

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