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Sauf quand on les aime

17 août 2015 - Coup de coeur, Romans
Sauf quand on les aime

Juliette, Claire et Khader vivent en colocation. Chacun, pour des raisons différentes, trouve un avantage à partager sa vie avec les autres. Ils se sont ainsi créés une nouvelle famille. Mais la rencontre imprévue de Claire et Tisha va tout bouleverser.

Parce qu’elle n’a rien fait pour la défendre contre cet inconnu qui agressait verbalement Tisha dans le train, Claire lui offre l’hospitalité. Elle regrette de ne pas être intervenue, de ne pas avoir eu le courage d’agir, face à cet homme si menaçant. Tisha accepte l’invitation et les deux jeunes femmes nouent une relation qui va les épanouir mutuellement. L’amour serait-il un remède au mal-être ? Pas certain, pour Khader dont les sentiments ne sont pas réciproques, ou pour Juliette. Ces deux-là ont choisi pour élu de leur cœur un Autre inatteignable.

Malgré les difficultés du quotidien, l’unité de ces quatre jeunes gens est indéniable. Elle est leur bien le plus précieux. Car ensemble, ils sont plus forts. Plus forts que la société, plus solides face à sa violence qui heurte de plein fouet les plus vulnérables : les femmes, les jeunes, les pauvres, les personnes âgées condamnées à la solitude. C’est un sentiment que Monsieur Bréhel, le voisin des colocataires, connait bien. Confrontés à l’absurdité et à la folie du monde, les héros de Sauf quand on les aime ne devront leur salut qu’à l’humanité qui les habite. Auront-ils en eux assez d’espoir et de force pour continuer à se battre, à y croire malgré tout ? Leurs emplois précaires sont un frein à leurs rêves, l’ascenseur social s’est bloqué au mauvais étage, il y aurait de quoi baisser les bras pour moins. De Toulouse à Tunis, entre larmes retenues et sourire doux-amer, le roman distille une petite mélodie qui ne vous quitte plus…

Si j’ai mis autant de temps à vous en parler, c’est parce qu’il m’est difficile d’exprimer à quel point ce roman m’a remué. J’ai été, dès le départ, en totale empathie avec les personnages. Les sujets que le roman aborde me parlent, ma sensibilité va naturellement vers ce genre de thèmes. Mais il ne s’agit pas que de cela. Au-delà d’une histoire bien faite, d’un « scénario » bien ficelé qui nous tient en haleine, il y a le talent d’une auteure que je viens de découvrir. Autant vous le dire, je suis encore sous le choc de cette rencontre. L’écriture de Frédérique Martin est à l’image de ceux qu’elle décrit : d’une fragilité sublime, d’une force vibrante. En fermant les yeux, j’ai presque pu entendre le violoncelle de Claire briser le silence de mon salon. J’ai eu envie que chacun de ces héros ordinaires s’en sortent, qu’ils puissent accomplir leurs rêves. Que la fatalité s’arrête au seuil de leur appartement. J’ai vécu durant deux jours avec eux, comme s’ils étaient mes amis. Ébahie, assommée par la beauté du texte, j’ai avancé dans ma lecture avec un sentiment croissant de tristesse et d’espoir conjugués. Car la leçon à tirer de cette histoire (si tant est qu’il y en ait une) réside dans le message qui traverse tout le livre et que je tairais, vous invitant à vous-même le découvrir.

Un incroyable coup de cœur, de ceux dont on se rappelle longtemps. Un roman à lire de toute urgence, comme on doit boire la vie… jusqu’à la lie !

 

Sauf quand on les aime, de Frédérique Martin. Éditions Belfond. 222 pages. 2014.

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