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Suite française

8 septembre 2013 - Coup de coeur
Suite française

Juin 1940. L’exode, de Paris à la Province. La faim, la fatigue, le découragement, le chagrin et le départ, plus ou moins volontaire, préparé ou précipité, des bourgeois comme de petites gens du peuple. Les allemands arrivent, on a peur ; que feront-ils des villes conquises et de leurs habitants ?

La famille Pericand, l’écrivain Corte et sa maitresse, les Michaud, ou encore Charles Langlet prennent la route et quittent la capitale. On se heurte au chaos ambiant, aux autos qui n’avancent pas, à la pénurie d’essence, aux femmes, enfants et vieillards parcourant les chemins à pieds, aux chargements insensés qui résument à eux seuls une vie. Ce sont les thèmes de cette première partie de Suite française intitulée Tempête en juin.

Dans le second chapitre, Dolce, les allemands sont arrivés au village de Bussy. C’est le début de l’occupation, la découverte de ces soldats étrangers qui vont vivre dans les maisons, dans les fermes. Les sentiments sont partagés du côté français comme de celui de l’ennemi : curiosité, haine, indifférence, bienveillance… Bruno Von Falk, l’officier qui loge chez les dames Angellier, n’est-il pas, au-delà de la figure de l’opposant, du conquérant, un homme qui réussit à attirer la douce et triste Lucile ? Lucile, depuis longtemps morte vivante dans cette maison tenue d’une main de fer par sa belle-mère, aux reproches toujours acerbes, effondrée par l’emprisonnement de son fils en Allemagne. Les hommes français sont rares au village ; seuls les réformés, invalides, vieillards ou quelques privilégiés n’ont pas été faits prisonniers. Tous les autres jeunes gens ont laissé derrière eux des femmes, des mères et des sœurs seules, inquiètes, parfois désemparées ; souvent fortes par nécessité. Alors que penser de toute cette agitation créée par l’arrivée d’un régiment de soldats ?

Irène Némirovsky dépeint admirablement et presque en direct les évènements figurant dans son roman. Elle était extrêmement lucide, tant sur sa situation personnelle que sur ses écrits. Le 2 juin 1942, soit un mois avant d’être arrêtée et emmenée au camp de concentration de Pithiviers puis d’Auschwitz où elle sera assassinée par les nazis, elle écrivait :  » ne jamais oublier que la guerre passera et que toute la partie historique pâlira. Tâcher de faire le plus possible de choses, de débats…qui peuvent intéresser les gens en 1952 ou en 2052« . Car en effet, Suite française tire sa force dans une analyse inimitable de l’âme humaine. Toutes les facettes en sont sondées, et il n’est plus question d’héroïsme ou de grands actes, mais de quotidien. Comment l’humain se révèle t-il à la lumière d’un bouleversement aussi fort que peut l’être la guerre et l’occupation, l’exode et les privations, la répression et le besoin inaliénable de liberté ? Chacun aura sa propre réponse, sa propre attitude face aux choses. Certains ne défendront que leur intérêt propre ; d’autres prendront des risques pour sauver une vie, ou donner un peu à autrui quant d’autres cacheront biens et nourritures en attendant que l’orage passe. Irène Némirovsky se savait en danger et n’était pas certaine de survivre à cette guerre ; pourtant elle a mis toute son énergie a tenter de terminer ce livre qui aurait dû compter trois chapitres de plus et faire environ 1000 pages. Ses deux petites filles, Denise et Elisabeth Epstein, auront survécu à leur parents et permis à ce manuscrit d’être protégé, caché, et un jour enfin publié. On ne peut qu’admirer la force de ce récit hors du commun et déplorer qu’il ait été aussi tragiquement inachevé.

Un chef d’œuvre contre la barbarie des hommes, et un hommage à la liberté ; de penser, d’être et de se conduire en humain ; telle est la leçon que nous donne cette grande dame trop tôt disparue.

 

Suite française, d’Irène Némirovsky. Éditions Folio. 573 pages.

Je remercie le Club des Lectrices de m’avoir donné envie de lire ce petit bijou qui dormait dans ma PAL depuis longtemps…

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2 réflexions sur “ Suite française ”

Delphine

Tu dis très bien la grandeur de ce livre exceptionnel. Moi aussi je remercie le prix (et accalia) de m’avoir permis de livre ce livre

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Manoulivre

Merci Delphine ! C’est vrai que c’était vraiment une belle découverte… avis partagé par beaucoup de blogueuses, il me semble !

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