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Tais-toi et meurs

10 mai 2013 - Romans
Tais-toi et meurs

Julien Makambo, alias José Montfort en France, est un Congolais venu vivre à Paris. A son arrivée dans la capitale, il est pris en charge par Pedro, son presque beau-frère et néanmoins figure incontournable du « Milieu » congolais. Il est initié aux petites magouilles comme la revente de titres de transports dans le métro, qui lui permettent de gagner de l’argent rapidement. C’est le début de la belle vie, de l’achat des belles sapes, malgré la colocation à plusieurs, entassés dans un petit studio rue de Paradis.

Le temps passe, ainsi que la valse des filles, les soirées, les engueulades et les rires… jusqu’à la dernière « mission » de José, qui va mal tourner. Une femme blanche est défenestrée ; il est vu devant l’immeuble (dans un costume couleur diabolo-menthe, très discret !) et bientôt recherché par la police. Son récit nous parvient depuis la prison de Fresnes où il écrit son histoire, comme un témoignage d’une vérité qui ne peut éclater au grand jour.

C’est le second livre d’Alain Mabanckou que je lis, et j’ai retrouvé là ses thèmes de prédilection, avec ce petit plus du roman noir. Il dépeint la communauté congolaise, la débrouille pour ceux qui arrivent, ou la SAPE (et l’enseigne « mythique » qui l’illustre, la boutique Connivences). Les lieux ont aussi leur place de choix dans son roman : le quartier de Château-Rouge et le 10e arrondissement de Paris, Montreuil. Il aborde aussi la répercussion d’affaires criminelles mettant en cause des immigrés, et attisant le racisme. L’appropriation par les politiques de cette « affaire de la rue du Canada », où a eu lieu le meurtre. Les petits larcins ; vols de chéquiers, faux papiers, intimidation. La dureté psychologique de la vie carcérale aussi, par le personnage de Fabrice, compagnon de cellule du héros, qui se désole d’avoir laissé sa femme et son fils dehors. Mais aussi et surtout, l’écrivain met en avant le poids des liens qui unissent José à Pedro, et aux autres, à ceux qui l’ont accueilli en France, qui ont partagé une entraide qui n’a rien de gratuite. Tout se paye au royaume de la soi-disant solidarité, et dans son cas le prix sera le plus fort.

Car ce titre, Tais-toi et meurs, c’est l’injonction qu’il reçoit par la communauté de ne pas trahir, d’endosser une faute qui n’est pas la sienne. Tant pis pour sa vie, celle de Pedro vaut « plus », car il est perçu comme un bienfaiteur, et cela arrange tout le monde de fermer les yeux sur un petit dérapage… Tant pis pour la vérité, pour la justice et l’innocence. Il faut bien que quelqu’un paie : ce sera José. En même temps, quand on sait que son nom, Makambo, signifie « les ennuis », on comprend mieux le destin tragique qui attend ce jeune homme…qui lutte de toutes ses forces pour redevenir Julien, celui qu’il est vraiment, quitte à en perdre symboliquement la vie, c’est à dire son existence aux yeux de la toute-puissante communauté.

Ce roman aux facettes multiples mêle portrait sociologique, polar et rire. Pour l’apprécier à sa juste valeur, il faut – à mon sens – le prendre dans sa globalité, et s’intéresser à tous ses aspects, ne pas le lire que comme un policier. Cependant, arrivé à sa fin, il risque de vous laisser, comme moi, un goût amer dans la bouche.

 

Tais-toi et meurs, de Alain Mabanckou. Éditions La Branche. Collection Vendredi 13. 221 pages. 2012.

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