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Topaz

3 juillet 2016 - Romans
Topaz

Topaz est LE temple de la bijouterie à Antalya, en Turquie. Des milliers de mètres carrés où se vendent les plus belles pierres précieuses ; saphirs, rubis, diamants, topazes… Plus qu’un simple centre commercial, c’est également une énorme machine à faire de l’argent. A tous les étages, un seul mot d’ordre : vendre. Et pour vendre, il faut de bons vendeurs.

Kozan est l’un d’eux. Son salaire mirobolant n’a d’égal que sa solitude. Il travaille énormément et n’a aucune vie en dehors de son travail. Ni fiancée, ni ami véritable, ni famille auprès de lui. C’est un loup solitaire, aux dents acérés. Un bluffeur né, qui « se vend lui-même ». Son art ? Délester les hordes de touristes qui viennent regarder les vitrines du center de quelques centaines de milliers d’euros. C’est un jeu pour lui. Ses clients favoris sont les Suisses, car leurs achats atteignent des sommes considérables. Les riches fermiers suisses, pour être plus précis. Cela tombe bien, un groupe de vingt-sept touristes va arriver chez Topaz. Aux très très gros moyens financiers, d’après leur guide. Kozan s’apprête à faire le plus grand numéro de sa carrière…

J’ai beaucoup entendu parler de Hakan Günday, mais pour un autre titre, Encore, qui a obtenu le Prix Médicis 2015. Mes petits camarades du comité de sélection du Prix de la Porte Dorée l’avaient tous lu et adoré -j’étais la seule à ne pas avoir eu le temps de le faire. Je n’ai donc pas hésité quand Topaz est apparu dans la liste des romans proposés par l’opération Masse critique, de Babelio. Je dois dire qu’en le refermant, il me laisse un souvenir partagé. D’un côté, la langue est précise, ciselée, le rythme enlevé. Et par je ne sais quel miracle, je ne me suis pas « perdue » en chemin, malgré l’impressionnante galerie de personnages qui jalonnent le texte. La description de la folie qui s’empare des vendeurs à cause du rapport des Hommes à l’argent a vraiment de quoi faire méditer. Derrière l’histoire de Kozan, il y a un vrai message, qui dénonce sans concessions un monde sans aucune morale. De nombreuses phrases sonnent juste ; j’en ai noté beaucoup tout au long de ma lecture, parce qu’elles relèvent du bon sens, le tout assaisonné de ce qu’il faut d’esprit. Mais… Topaz est un livre très cynique. Il remplit parfaitement son rôle dans ce qu’il entend dénoncer, mais je me suis un peu lassée de la visite de ce center dont le monde impitoyable est à l’image des personnages qui le peuplent. J’ai parfois eu l’impression de lire une sorte de Beigbeder turc : du fric, de la drogue et de la baise en veux-tu en voilà. Mais ce qui me rend Beigbeder attachant, malgré son côté insupportable, c’est l’humour qu’il déploie pour rendre un peu plus légères les situations les plus sordides. Je n’ai pas trouvé ce contre-poids chez Günday. Passé l’étonnement et la curiosité du début, ma lecture est devenue plus laborieuse, car cet excès de cynisme n’est pas ma tasse de thé (ou de raki, au choix). Je regardais ces petits et ces gros poissons se débattre dans leur aquarium, mais avec de plus en plus de distance.

Topaz remplit son contrat : dénoncer les vices du tourisme associé au capitalisme le plus sauvage. Il fera méditer son lecteur sur les dérives d’un système où tout n’est qu’ « art de vendre des mirages ». Pour ma part, je crois que vais me procurer Encore ; le thème a l’air d’être plus proche de mes « center » d’intérêt.

 

Topaz, de Hakan Günday. Editions Galaade. 231 pages. 2016.

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