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Trois femmes puissantes

1 juin 2014 - Romans
Trois femmes puissantes

Norah, Fanta et Khady Demba. Trois femmes, trois destins pour un seul roman découpé en trois parties distinctes. Norah est une avocate quarantenaire qui vit en France. Parce que son père l’appelle à l’aide, elle retourne au Sénégal, sur les traces de son passé. Elle y apprend ce qu’il est advenu de son frère Sony, qu’elle n’a pas revu depuis de nombreuses années. Elle assiste aussi, impuissante, aux ravages causés par son père, un homme manipulateur et cruel. La seconde histoire met en avant un homme, Rudy Descas, névrosé et imprévisible, obsédé par l’amour qu’il porte à sa femme Fanta. S’il prend au fur et à mesure conscience de ses erreurs, n’est-il pas trop tard pour changer ? Et comprendre comment il en est arrivé là ? Enfin, la troisième et dernière partie relate le destin tragique de Khady Demba, jeune veuve sans enfant qui, chassée de la famille de son mari, est jetée sur les routes. Elle connaîtra la peur, la souffrance et l’avilissement, tout en luttant pour rester farouchement libre de ses pensées et de ses rêves.

Trois femmes puissantes a obtenu le Prix Goncourt en 2009. Comme souvent, j’aime lire les livres dont tout le monde parle quelques mois voire quelques années après. Cela me permet de ne pas être influencée par le « bruit » fait autour d’un certain auteur ou d’un certain titre. Dans le cas présent cela explique peut-être pourquoi je ne partage pas l’unanimité de la critique autour de ce roman. Plusieurs éléments de la narration m’ont gêné. Par exemple, j’ai attendu jusqu’à la fin de la troisième partie la correspondance avec la première histoire, où figure le même personnage (Khady Demba). Et quelle déception ai-je ressenti à n’en lire aucune ! De la même façon, je n’ai pas trouvé que Fanta apparaissait réellement au centre de la seconde histoire, tant on est assommé par les pensées de son mari. Ce dernier prend toute la place ! Rudy Descas est un personnage assez complexe et je dois avouer être passée par pleins de sentiments contradictoires à son égard. Je l’ai trouvé parfois touchant, surprenant, mais la plupart du temps j’ai été franchement agacée, dégoûtée par cet homme qui salit tout, qui gâche tout ce qu’il dit ou fait. Cependant, la première et la dernière histoire m’ont plu, pour la force de leurs héroïnes. Norah et Khady Demba sont, pour des raisons très différentes, de beaux personnages. Norah dans sa volonté de sauver son frère, et Khady Demba parce qu’elle veut se sauver elle-même, parce qu’elle refuse la fatalité d’un destin qui l’aliène.

Concernant l’écriture de Marie NDiaye et pour rester franche, je suis assez partagée. J’ai été conquise par la première histoire et la découverte du style si particulier de l’auteure. Une précision chirurgicale dans le choix des mots et un vocabulaire d’une richesse rare m’ont vraiment séduite. J’ai été happée, emportée par le texte. Et puis cet emballement est retombé avec le personnage de Rudy. Autant j’aurais aimé suivre Norah durant quelques pages encore (quitte même à en faire le sujet principal du roman) autant cet homme antipathique m’a passablement ennuyé (150 pages, ça peut être long, très long !). Et si je dois mettre les pieds dans le plat et bien c’est l’moment : comment peut-on caser plus de dix pages sur la douleur ressentie par un personnage ayant…des hémorroïdes ?!?! Je n’aurais jamais cru lire une telle phrase dans ma vie « Son anus le brûlait toujours terriblement » (p163). Ami lecteur ou blogueur ne soit pas choqué de ma franchise car j’ai pour principe de toujours écrire ce que je pense. Nan mais franchement, je suis la seule à l’avoir soulevé ? Enfin, pour revenir à des considérations plus littéraires, j’ai noté des procédés d’écriture systématiques qui, à force de l’être (systématiques) m’ont fait soupirer… Par exemple, le fait que les phrases de Marie NDiaye ressemblent à celles de tonton Proust, avec leur longueur caractéristique (23 lignes pour une seule phrase, p 250-251). Et l’utilisation d’un nombre incalculable de « et », un peu indigestes.

Après ces quelques critiques acerbes, vous seriez donc en droit de vous demander le fin mot de l’histoire, ou plutôt de ma pensée… Et bien je dirais que ce roman est à lire, ne serait-ce que pour la complexité des personnages et la richesse de l’écriture de Marie NDiaye. Malgré tout, je garde quelques sérieuses réserves sur cette lecture…

 

Trois femmes puissantes, de Marie NDiaye. Éditions Gallimard. 318 pages. 2009.

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