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Tu es une rivière

9 novembre 2014 - Romans
Tu es une rivière

Lala a trente ans, est mère de sept enfants et enceinte du huitième quand son mari meurt dans des circonstances tragiques. Devenue veuve, son principal impératif est de nourrir sa famille. Mais en 1964 en Chine, en pleine révolution culturelle, rien n’est simple. Être une femme seule, être mère, travailler, manger ; tout est compliqué, tout est politique. Et quand le caractère de chacun des enfants de Lala commence à s’affirmer, la situation se met à empirer sérieusement…

Intriguée par le titre et le thème, mais aussi par une littérature dont je ne connais rien, je me suis lancée pleine d’enthousiasme naïf dans cette lecture. Les premières pages se lisent aisément, l’écriture est simple et fluide. Mais très vite, l’atmosphère se fait pesante. Lala fait travailler ses enfants pour qu’ils se nourrissent (y compris les plus petits). « Fourrez-vous bien ça dans le crâne : celui qui ne travaillera pas ne mangera pas non plus. » Quand ils désobéissent, ou se montrent insolents, ils sont battus. Cette mère, qui inspire la pitié et la compassion dans les premières pages, se révèle en fait dure, froide, calculatrice, destructrice. J’ai eu beaucoup de mal avec les scènes qui montrent les enfants dans la plus grande misère sociale ou psychologique. Tous développent peu à peu des maladies, physiques ou mentales. Tous sont brisés, malmenés par un destin qui ne semble voué qu’à la fatalité, qu’à l’échec.

Le roman n’omet pas d’aborder tout le contexte politique du moment, avec son lot de violence et de propagande maoïste. J’ai ainsi appris que les « intellectuels » (les jeunes ayant un certain niveau d’études) étaient envoyés à la campagne -parfois de manière définitive. Une forme de « rééducation » par l’exil et le travail des champs… Mais à moins de bien connaitre l’histoire contemporaine de la Chine, je doute que le lecteur lambda ne se retrouve pas comme moi ; un peu perdue et parfois étourdi par les nombreux renvois aux notes de fin d’ouvrage – pas toujours simples à suivre.

Je dois vous dire que je ne sais pas vraiment quoi penser de ce roman. Je suis contente d’avoir découvert un monde qui m’était totalement étranger et en même temps, j’ai été soulagée de refermer ce livre. En fait, tout au long de ma lecture, j’ai ressenti une sensation d’attraction-répulsion. J’ai été à la fois poussée par l’envie de connaitre l’avenir des personnages et craintive quant à leur sort, que j’ai pressenti funeste.

Si la fin offre une mince lueur d’espoir concernant Dong’er, une des filles de Lala les plus en rupture avec son éducation, l’ensemble laisse un goût amer. De cette fratrie si atypique de huit enfants, peu s’en sortent. Et nous, lecteur, n’en ressortons pas non plus indemnes, c’est certain.

 

Je suis une rivière, de Chi Li. Éditions Actes Sud. Babel. 201 pages. 2006.

98627237

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