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Un aller simple

24 juin 2013 - Romans
Un aller simple

Aziz Kemal a été élevé par les Tsiganes de la cité Vallon-Fleury, dans les quartiers nord de Marseille, après avoir été trouvé bébé dans une voiture.

Malgré son statut à part dans la communauté, qui lui cause parfois quelques chagrins, il les considère malgré tout comme sa famille et Marseille est sa ville, l’OM son club. A dix-huit ans, il achète de faux-papiers marocains, qui coûtent moins chers que ceux donnant la nationalité française. C’est une simple formalité, en cas d’arrestation pour les menus larcins qu’il pratique depuis tout petit ; sa spécialité, le vol d’autoradios. Mais le jour de ses fiançailles avec la jolie Lila, il est arrêté par la police. On l’accuse du vol de la bague qu’il a offert à sa promise, et on lui annonce qu’il va être reconduit dans « son » pays, le Maroc. Flanqué d’un attaché ministériel chargé de veiller à sa bonne réintégration, Aziz remarque que celui-ci parait bien mal en point moralement. Jean-Pierre Schneider est, en effet, dans une mauvaise passe : sa femme est partie avec son patron, qui n’a rien trouvé de mieux pour se débarrasser de lui que de lui coller cette fichue mission au Maroc.

Pour le gamin de la cité, qui perd tout en une journée – sa famille de cœur, son amoureuse, son droit à vivre là où il a toujours vécu- il faut bien une distraction, une lubie pour lui faire oublier la cruauté de l’existence. C’est ainsi qu’il décide de s’occuper de cet homme dont il ne sait encore rien. Lui offrant un petit bout de rêve (quitte à être dans la galère, autant l’être gaiement !), il invente la légende des hommes gris d’Irghiz. Une légende pour réconcilier Jean-Pierre avec lui-même, avec son passé et ses souffrances. Ce doux mensonge les conduira dans l’Atlas, avec à leurs côtés une guide un peu spéciale, Valérie… (je n’en dis pas plus, j’en ai déjà trop dit).

Aller simple traite avec un certain humour et une jolie légèreté de thèmes pourtant graves. Bien que le roman ai presque vingt ans déjà, il reste totalement actuel dans la vision qu’il offre de notre société. Cette phrase par exemple, prononcée par Pignol, l’ami flic d’Aziz : « Ils savent plus quoi faire entre le chômage et les sondages, alors ils renvoient un Arabe chez lui, et comme par hasard ils en prennent un qui a plus l’air d’un Corse que d’un Arabe, comme ça c’est moins raciste ! » Peu de changements, je vous le disais… L’immigration reste toujours une problématique épineuse pour les politiques, et j’ai trouvé le traitement de Didier Van Cauwelaert d’une extrême sensibilité. Les personnages d’Aziz, de Schneider et de Valérie sont, chacun à leur manière, des plus attachants. Leur histoire personnelle, leurs fêlures et leurs forces se révèlent et nous touchent. J’ai beaucoup aimé la façon dont l’auteur fait parler Aziz. Plus on avance dans l’histoire, et plus on découvre à quel point il est généreux, drôle à son insu parfois, presque humain… C’est un livre qui se dévore, entre rire et émotion.

 

Un aller simple, de Didier Van Cauwelaert. Éditions Albin Michel. 195 pages. 1994.

Ce livre a reçu le Prix Goncourt 1994

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