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Un faux pas dans la vie d’Emma Picard

15 janvier 2015 - Prix de la Porte Dorée, Romans
Un faux pas dans la vie d’Emma Picard

Fin des années 1860. Emma Picard est veuve et mère de quatre fils, auxquels elle veut plus que tout offrir un avenir décent. Pour cela, elle a accepté l’offre du gouvernement français : vingt hectares de terre et une ferme pour reconstruire sa vie avec ses enfants. En Algérie.

C’est à son plus jeune fils, Léon, qu’Emma s’adresse dans un long monologue. Ce récit à la première personne est celui d’une femme épuisée, au cœur brisé. Ce pays qu’elle a rejoint, pleine d’espoir, lui a tout pris. On lui a vendu du rêve, de l’abondance, des terres fertiles. « L’homme à cravate assis derrière son bureau de fonctionnaire ne m’avait-il pas dit que l’Algérie était un pays de cocagne où les pauvres devenaient aussi riches que les riches, pour peu qu’ils ne rechignent pas à courber l’échine dans la pierraille et le marécage (…) ».

Mais ce que ce fonctionnaire lui a caché, c’est que l’Algérie de la fin du 19e siècle est peu clémente pour les colons pauvres. Une série de cataclysmes s’abat sans relâche sur le pays, ne laissant aucun répit aux cultivateurs de la terre, comme aux autres. Rien ne sera épargné à la famille Picard. Ni les invasions de sauterelles, ni les tremblements de terre, ni les récoltes détruites par la chaleur extrême, qui tarit le lait des vaches, fait mourir les lapins et les poules. Et lorsque la nature semble se calmer, s’apaiser enfin, ce sont les maladies qui prennent le relais. La fièvre jaune, qui ne se combat qu’avec la quinine (un médicament hors de prix à l’époque) et la dysenterie, qui emportent les plus fragiles. Emma a de la volonté, de la hargne même, à revendre. Mais cela ne suffit pas. De par sa situation de femme isolée, elle ne semble jamais faire les bons choix. Pourtant, un homme lui tend la main sur cette terre inhospitalière : Jules Letourneur, un révolutionnaire exalté qui s’est attaché à elle. Elle refusera, obstinément, de suivre ses conseils. Et aux dernières heures, il ne lui restera plus rien, pas même la foi en ce dieu chrétien dont elle implore sans cesse la clémence.

Un faux pas dans la vie d’Emma Picard clôture la trilogie algérienne de Mathieu Belezi, commencée avec C’était notre terre et suivie du roman Les vieux fous. Je dois dire à regret que cette lecture n’a pas rempli toutes mes attentes. Tout d’abord, je voudrais comprendre pourquoi la préface de l’auteur nous donne quasiment la fin de l’histoire ? Être spoilé dès la première page, c’est vraiment contrariant ! Mais je déplore aussi que le style de l’écrivain, si reconnaissable, construit sur des phrases à rallonge, qui semblent écrites dans un seul souffle et que j’avais admiré dans C’était notre terre, soit reproduit à l’identique ici. Je ne sais pas comment l’expliquer, mais je me suis sentie un peu « dupée » en tant que lectrice, par une sensation de déjà-vu si forte que je n’ai pas réussi à la dépasser. Enfin, cette histoire est d’un désespoir crasse. Aucune lueur ne vient éclairer le chemin de cette pauvre héroïne. Son destin est si tragique que j’ai eu du mal à compatir, tant le trait est forcé, tant elle subit, épreuve après épreuve, de nouveaux malheurs. Je ne cherche pas à tout prix le happy end quand je lis un roman. Mais là… cela en devenait presque malsain, je me demandais au fil des pages : que vas-t-il lui arriver après « ça » ? En revanche, je dois concéder que le roman est extrêmement bien documenté. Mathieu Belezi réussit brillamment à nous plonger dans l’atmosphère de l’Algérie de la fin du 19e siècle ; une période moins traitée par les écrivains, plus prolixes sur l’avant et l’après guerre d’Algérie.

Une lecture en demie-teinte donc ; passionnante d’un point de vue documentaire et historique, mais décevante sur le plan littéraire. Je reviendrais cependant vers cet auteur ; deux autres de ses romans figurent dans ma PAL.

 

Un faux pas dans la vie d’Emma Picard, de Mathieu Belezi. Éditions Flammarion. 255 pages. 2015.
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