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Une bonne résolution… poétique !

3 décembre 2014 - Autres livres/Poésie

100693543_oEt si nous commencions le mois de décembre par un peu de poésie ? Voici un rendez-vous que je voulais mettre en place depuis longtemps.

La poésie a toujours beaucoup compté pour moi. Je n’en ai pas beaucoup publié sur le blog depuis sa création, mais avant que les bonnes résolutions de janvier n’arrivent, je vais essayer d’y remédier ! Je vous présenterai donc tous les mois quelques poèmes d’un poète, pour vous faire découvrir son univers…

Pour commencer ce nouveau rendez-vous mensuel, j’ai choisi de vous parler de Juan Rodolfo Wilcock. J’étais tombée il y a des années sur un petit recueil, dans la belle édition bilingue La Différence, dans la collection Orphée. L’exemplaire que j’ai acheté date de 1994, il est un peu tâché sur la tranche, comme des tâches de vieillesse sur les mains des petits vieux…

Je ne sais pas ce qu’il en est pour le reste de la France, mais pendant longtemps cette collection se trouvait chez n’importe quel soldeur de livres, entre autres chez Mona Lisait (Paix à son âme / avant que toutes leurs boutiques ne ferment snif snif snif). Pourquoi ? Parce que la maison d’édition a mis la clé sous la porte en 1998. Plutôt que de pilonner leur stock, ils ont eu la bonne idée de le solder ! La Différence a rouvert en 2012. Je ne sais pas si elle se porte bien depuis, si vous avez des infos, je suis preneuse…

Juan Rodolfo Wilcock est né en 1919 à Buenos Aires, en Argentine. Il a 21 ans en 1940 lorsqu’il publie son premier livre, Libro de poemas y canciones qui obtient le prix de la S.A.D.E (Société Argentine des Ecrivains) et en 1941 le prix Municipal. Entre 1941 et 1942 il fait la connaissance des écrivains argentins Borges, Silvina Ocampo et Bioy Casarès avec lesquels il se lie d’une intense et longue amitié. Il dirige ensuite différentes revues littéraires, mais sans oublier sa propre production ; en 1946 paraît son recueil Los Hermanos dias (Les Jours heureux), dont les poèmes que je vous présente sont extraits. A partir de 1967, il s’établit en Italie où il publie des articles, des essais, des nouvelles… Il se lie avec les écrivains Elsa Morante, Alberto Moravia, Ennio Flaiano, Elmira Zolla et bien d’autres. A partir du moment où il s’installe en Italie, Wilcock écrit en italien. Il a aussi traduit des dizaines de textes classiques. Il meurt en 1978 en Italie.*

J’ai choisi de vous présenter deux poèmes. Pour que vous puissiez vraiment apprécier le principe de cette collection et la beauté du texte, l’un des deux est dans sa version originale, en espagnol (d’Argentine). Il manque quelques accents toniques, veuillez m’en excuser, je n’ai pu faire autrement.

 

En verdad he encontrado aun mis besos en el aire,
he abierto mis labios sobre el viento fresco
de la noche que pasa entre el follaje;
y surgen grandes columnas de agua
en la obsuridad.
Tal vez, cuando caiga el tiempo,
muerto, junto a un estanque, con los ojos vacios,
volveré aqui, a sentirte en mi rostro,
a entrar en un pais de hojas y de nubes
donde las horas se extienden en el suelo y se olvidan
de si mismas. Arrancado
a las raices oscuras, ciego, con tierra
hasta el fondo del pecho, llegaré
como si buscara un rio desaparecido
en la hierba, incesantemente.

 

En vérité j’ai encore trouvé dans l’air mes baisers,
j’ai ouvert mes lèvres au vent léger
de la nuit qui passe dans le feuillage ;
et des hautes colonnes de feu
surgissent dans l’obscurité.
Peut-être, lorsque tombera le temps,
avec les yeux vides, mort, près d’un bassin,
je reviendrai ici te sentir dans mon visage
et entrer dans un pays de feuilles et de nuages
où les heures s’allongent sur le sol et s’oublient
d’elles-mêmes. Araché
aux racines obscures, aveugle, avec la terre
jusqu’au fond de la poitrine, j’arriverai
comme si je cherchais un fleuve disparu
dans l’herbe, sans cesse.

Allez, un dernier pour la route, seulement en français….

La lune descend des platanes immobiles. T’aimer
n’est qu’un grand silence dans les courants
de la nuit indécise.
Si quelqu’un, qui sait, passait avec ton visage,
si on me posait une question avec ta voix,
ô indifférent ! tout
tomberait subitement dans l’espace ;
on me verrait couché autour des arbres,
serrant leurs troncs comme le brouillard du crépuscule,
perdu dans les escarpements enfoncés,
éloigné
par où passe la nuit.

 

J’espère que ça vous a plu !

* : j’ai quasiment recopié la bibliographie présente dans le recueil. La présentation est signée Silvia Baron Supervielle.

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