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Une étrange histoire d’amour

21 août 2014 - Romans
Une étrange histoire d’amour

« Ma Clara bien aimée. Je t’écris cette longue lettre de Vienne, de retour de tes funérailles. Tu m’excuseras si je t’écris aujourd’hui, même si tu n’es plus là, même si, malheureusement, tu m’as quitté pour toujours. Mais depuis le 30 septembre 1853, je t’ai écrit chaque jour, durant quarante-trois longues années – chaque jour, l’un après l’autre, sans exception, jamais – même si plusieurs de ces lettres, je ne tes les ai jamais envoyées. Tu es devenue une habitude irremplaçable, à laquelle je ne sais pas, et je ne tiens pas, à renoncer. »

En septembre 1853, le jeune Johannes Brahms entre pour la première fois chez Clara et Robert Schumann, à Düsseldorf. Immédiatement, Robert le considère comme un éventuel successeur sur le plan musical. Mais le couple voit aussi en lui un ami. Plus tard, il devient la personne la plus proche de Clara, dont le mari est interné en hôpital psychiatrique. Il reste auprès d’elle et de ses sept enfants, promène les garçons, joue avec les filles, borde le petit dernier dont il est le parrain. Quand la pianiste doit partir en tournée, Brahms reste à demeure pour s’occuper des petits, comme un père de substitution. C’est au lendemain de la mort de Clara, après plus de quarante ans d’une relation amicale et amoureuse tourmentée que Brahms rédige une longue lettre à son aimée.

Le début de cette lettre, que je cite plus haut, est une des plus belles introductions de roman qu’il m’ait été donné de lire. J’ai été immédiatement touchée par la personnalité de ce jeune homme timide et torturé. Le fait que Clara soit mariée, mère de famille, plus âgée que lui et jouissant d’une immense renommée ne semble pas le décourager. Sa fidélité sera si forte qu’il ne se mariera jamais, n’aura jamais d’enfants. Comme si aucune autre ne pouvait l’égaler… Quelle lectrice femme peut rester insensible à cela, je vous le demande ?! Luigi Guarnieri réussit parfaitement à ne pas faire baigner son roman dans une mièvrerie attendue. Au contraire, il nous offre une confidence de toute beauté, avec ce narrateur qui raconte tel qu’il l’a vécu, sa propre histoire d’amour.

J’ai vraiment été happée par cette écriture sensible, surprise et ravie de la beauté de certains passages. Il fait partie de ces livres dont on a envie de recopier bon nombre de phrases dans un petit carnet, pour les relire, s’en délecter. La personnalité des personnages principaux est complexe, jamais manichéenne. Clara par exemple, offre à la fois l’image d’une femme libre, dont le parcours force le respect, mais elle apparait aussi comme quelqu’un d’assez égoïste. Robert Schumann est plein de mystères et l’on s’interroge sur ce qu’il en est réellement de sa prétendue folie. Mais il y a aussi toutes les descriptions qui nous emportent au XIXe siècle, dans le monde si particulier de la musique classique. Passionnant…

Je dois cependant avouer que sur la fin de ma lecture, j’ai trouvé parfois le temps un peu long. Il me semble que le dernier tiers aurait pu être raccourci. Le récit s’enlise dans les sentiments du narrateur, on tourne un peu en rond, il y a des redites. Cependant, je préfère retenir tout le bien que j’ai pensé de cette lecture. En clair, si vous voulez lire une belle (et triste) histoire d’amour, foncez. Pour ma part, Une étrange histoire d’amour m’a donné envie de mieux connaître l’œuvre musicale des Schumann et de Brahms. C’est d’ailleurs la première chose que j’ai faite en terminant ce roman : écouter un morceau de piano.

 

Une étrange histoire d’amour, de Luigi Guarnieri. Éditions Actes Sud. 219 pages. 2012.

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