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Voyageur malgré lui

16 février 2015 - Prix de la Porte Dorée
Voyageur malgré lui

Un mois d’août à New York. Line tombe sur une œuvre étrange dans un musée, évoquant un certain Albert Dadas ; un homme atteint de dromomanie. L’intérêt qu’elle va lui porter évoque bientôt d’autres exilés, volontaires ou malgré eux, dont elle narre le parcours avec émotion et sensibilité.

Albert Dadas était un ouvrier gazier français (1860-1907), qui souffrait de dromomanie ; une pathologie psychiatrique qui le poussait à partir, à pied, dans chaque endroit dont il entendait parler. Quelles que soient les distances à parcourir, il se mettait en route subitement, perdant toute notion de temps ou de réalité. Il était souvent « récupéré » par les forces de police, les ambassades et chaque fois renvoyé chez lui, à Bordeaux. Jusqu’à sa prochaine crise… C’est la découverte de sa vie qui déclenche chez Line le souvenir des exilés chers à son père. Son père qui lui aussi, fut longtemps un exilé, partit de son Vietnam natal pour poursuivre de brillantes études en France. Avant d’y fonder sa propre famille, enracinant ses enfants dans un pays qui n’était pas le sien. Chacun de ces voyageurs que Line évoque possède une histoire forte, qui marque profondément le lecteur. Albert Dadas est un voyageur involontaire, un voyageur malgré lui. Tinh, le cousin du père de Line, est en exil intérieur, à tel point qu’il en perd la raison. Samia Yusuf Omar, la championne somalienne de course à pied, veut s’exiler mais échoue. La cousine du père, Hoai, réussit à partir mais y perd ceux qu’elle aime, jusqu’à se perdre elle-même à la vue des autres…

Les personnages du roman ont tous ont un point commun : ils portent en eux l’envie de vivre, d’explorer le monde, de se sauver eux-mêmes. Qu’ils fuient la misère ou la guerre, qu’ils soient poussés par la nécessité de survivre ou la foi en un ailleurs meilleur, chacun d’entre eux semble devoir accomplir quelque chose. J’ai été touchée par ces figures si humaines, pleines de force et de fragilité conjuguées. Si la construction du récit peut surprendre le lecteur, j’ai le sentiment qu’elle est beaucoup moins désordonnée qu’il n’y parait – car on aurait tôt fait de croire que les multiples évocations de tous ces personnages dessinent une carte imprécise de l’exil. Il n’en est rien ; discrètement, sans qu’on y prenne garde, Minh Tran Huy tire lentement son fil narratif, pour nous amener là où elle l’entend. La première partie du roman, intitulée « Allers », pose les bases de la seconde, appelée « Retours ». De son arrivée à New York jusqu’à son retour à Paris, nous aurons eu le temps d’être émus par Line, de sourire, de réfléchir. D’apprécier les mots de son père tout comme ses silences, qui en disent long.

J’ai refermé ce joli roman sur l’exil et la quête de soi avec un brin de mélancolie. A l’idée de quitter ces personnages, cette atmosphère douce-amère. Et c’est la raison pour laquelle je vous le recommande vivement…

 

Voyageur malgré lui, de Minh Tran Huy. Éditions Flammarion. 229 pages. 2015.
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2 réflexions sur “ Voyageur malgré lui ”

Kidae

Je ne connaissais pas la dromomanie. Ton billet éveille ma curiosité, je note le titre.

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Kidae

Je ne connaissais pas la dromomanie. Ton billet éveille ma curiosité, je note le titre.

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